PAPILLON, métamorphose du monde
-------------------------------------------------A vos plumes-----
Huit jeunes, de différentes universités belges,
se sont embarqués le 15 juillet au matin à l’aéroport
de Zaventem en direction du Guatemala avec escales à Newark (New
York) et Houston. Durant tout le séjour nous n’avons jamais
été à l’heure et dès le départ
nous avions déjà une heure de retard.
Je ressentis une impression étrange à mon arrivée à
Ciudad de Guatemala, après 18 h de vol. Vue de haut, je fus surpris
de voir une ville du tiers-monde aussi bien éclairée. Une
fois le pied à terre, tout est différent et la ville éclairée
devient fort sombre dans toutes ces rues qui nous mènent à
la résidence d’étudiants où nous logeons.
Le lendemain, nous partons pour Quezaltenango, la deuxième ville
du pays, avec ses 150 000 habitants alors que la capitale compte 2 000 000
d’habitants.
Le premier gros problème que l’on nous a expliqué c’est
l’importance et l’attrait de la capitale. Tout le monde croit
qu’en y allant ils auront la belle vie. De plus, les universités
s’y trouvent et une fois que les jeunes de la campagne ont pris goût
à la ville, ils ne veulent plus retourner dans leur région.
L’exemple le plus flagrant c’est le nombre de médecins
à la capitale, 50% des médecins y travaillent et ne s’occupent
donc que d’un cinquième de la population du pays.
Notre deuxième constatation sur le terrain c’est l’insécurité
qui règne dans le pays. Il y a de nombreux de policiers qui circulent
sur la route pour protéger les voitures d’une attaque. Toutes
les pompes à essence, banques et bâtiments avec des marchandises
de valeur sont également surveillés par un ou plusieurs hommes
armés.
Mais pourquoi autant de danger dans le pays ? C’est en partie à
cause de la Communauté Européenne. Lors des accords de paix
de 1996, elle a exigé que l’armée guatémaltèque
soit fortement réduite, ce qui fut fait. Tous lessoldats devenus
sans emploi et qui ne savent que se servir d’une arme continuent de
le faire en braquant les passants et les banques. Mais il n’y a pas
que les anciens soldats, il y a sûrement aussi les anciens rebelles.
Quant à ceux-ci, il circule une petite histoire sur leur nombre réel.
En 1996, à la signature des accords de paix, l’Etat a voulu
donner une compensation aux rebelles pour être sûr qu’ils
arrêtent le combat. 3.000 guérilleros se sont présentés
pour avoir ces avantages. L’ennui fut que l’on ne sut pas s’ils
étaient plus nombreux et que seulement 3.000 ont osé se présenter,
ou si plusieurs personnes ont également voulu avoir ces avantages
et ce sont présentées comme guérilleros.
Un exemple d’insécurité qui règne dans le pays
: nous devions un jour aller visiter un site maya, celui de Zaculeu, mais
il était déjà 16h. Le chauffeur a refusé d’y
aller. Pour la simple et bonne raison qu’on avait encore trois heures
de route. Si des personnes doivent absolument faire la route le soir, elles
attendent de partir en convoi.
1ère partie : Quetzaltenango
Notre arrivée à Quetzaltenango, Xela pour
les locaux, se fait sans encombre. Chacun s’installe, car nous resterons
onze jours sur place.
Le premier jour à Xela fut une journée marathon. Nous devions
aller voir plusieurs directeurs des différents programmes de FUNDAP.
FUNDAP est l’ONG locale qui nous reçoit pendant ces onze jours
pour nous montrer ses différents projets. Ils en ont de nombreux
avec comme but principal : une amélioration de la qualité
de vie tout en évitant le paternalisme. La région dont cette
ONG s’occupe est située à l’Ouest du pays, et
comprend les départements de Huehuetenango, de San Marcos, du Quiché,
de Totonicapan et de Quetzaltenango. 80% des habitants de cette région
vivent dans la pauvreté.
Ils ont surtout deux types de programmes : les microcrédits et les
écoles. Le premier est rentable, le second ne l’est pas. Pour
les microcrédits, il y a plusieurs formules : les banques communales,
ce sont des groupes de femmes solidaires qui reçoivent un crédit
(chacune le sien) et si une ne rembourse pas, les autres doivent payer ;
Prosem, microcrédit pour micro-entreprise et Fomagro, microcrédit
pour les agriculteurs. Le credo des programmes de microcrédits c’est
: « pas de crédits sans formation ». Cela évite
que les bénéficiaires achètent une télé
avec le crédit au lieu de leur outillage ou autres matériels.
Pour les écoles, le programme s’appelle PEVI.
Microcrédits
Durant ces onze jours, nous visitons des coopératives, des
bénéficiaires des microcrédits et des écoles.
Coopératives
notre première visite fut une coopérative pour la laine à
Momostenango. Elle a commencé grâce à l’aide financière
de FUNDAP en 1986. Cinq ans plus tard, FUNDAP s’est retiré
de la coopérative qui commençait à s’en sortir
toute seule. Aujourd’hui, celle-ci commence à faire comme FUNDAP
avec le système de microcrédits. Les deux autres coopératives
que nous avons visitées sont plus récentes. Il y en a une
de céramique et l’autre de menuiserie, elles ne fonctionnent
pas du tout comme celle de la laine, car elles sont surtout là pour
fournir un matériel de pointe pour tous les adhérents qui
ne peuvent s’acheter un matériel aussi onéreux. Par
exemple un four électrique pour la céramique, une scie circulaire
et un déshumidificateur de bois pour la menuiserie.
Déforestation
Un autre jour, nous avons été planter des arbres, car le pays
souffre de la déforestation à cause de l’agriculture
et du chauffage au bois que tout le monde utilise. Pour l’agriculture
le problème sera dur à résoudre, car selon les traditions
mayas : « on n’est pas un homme si l’on ne cultive pas
du maïs ». De plus, ce qui est inimaginable pour nous Européens
et en tout cas pour moi c’est la dimension de leur champ. Il est tellement
petit que l’on se demande comment un agriculteur parvient à
survivre, même s’il a deux récoltes par an. Pour le bois
de chauffage, ce sera plus facile à résoudre, il faut simplement
leur apprendre à ne pas couper les arbres n’importe comment
et laisser l’exploitation des forêts à des professionnels.
Quand on voit les paysages, on a du mal à
croire à la déforestation. C’est dû surtout au fait que les montagnes sont couvertes de buissons, ce qui rend le paysage vert.
Banques communales
Pourquoi des banques communales ? Pour aider à développer
le village, car l’une des conditions, c’est que 25 femmes forment
un groupe solidaire. Cela fait donc 25 nouvelles micro-entreprises et 25
femmes ayant de petits bénéfices pour améliorer le
quotidien.
Nous avons assisté à une réunion d’une des banques
communales, et quelques élèves nous ont expliqué à
quoi leur sert l’argent du prêt. L’une, c’était
pour acheter des jeunes cochons qu’elle revendait six mois plus tard.
Une autre avait fait un abattoir chez elle et, avec l’argent, elle
achetait le matériel nécessaire. Une dernière nous
dit qu’avec l’argent, elle achète des parfums qu’elle
revend en faisant du porte-à-porte. Avant, quand elle voulait vendre
un parfum, elle allait chez les gens leur demander lequel ils désiraient
et ensuite allait l’acheter, avec l’argent du client qui devait
payer d’avance car elle n’avait rien.
PEVI
Le pays sortant de 36 ans de guerre civile, l’enseignement devrait
être une priorité nationale. 17% seulement du PNB est consacré
à l’éducation, ce qui veut dire 685 millions de nos
francs. Sur ces 685 millions, 345 sont donnés aux universités
et seulement 340 pour l’enseignement général. Sur les
340 millions, 40% sont investis dans la capitale.
C’est pour cela que FUNDAP a décidé de faire le programme
PEVI. C’est un très gros programme qui nécessite de
l’argent et celui-ci vient des intérêts des microcrédits.
Comme il s’agit d’un programme très utile, nous y consacrons
le reste du temps.
Il y a deux styles d’enseignement : le formel, pour l’enseignement
primaire, secondaire et l’alphabétisation pour adultes (on
est considéré comme analphabète à partir de
15 ans), et l’informel, pour les adultes à partir de 15 ans
où l’on apprend directement un métier.
L’enseignement formel
Dans le formel c’est un enseignement primaire gratuit, et un enseignement
secondaire payant, plus ou moins 120FB par mois. PEVI octroie une bourse
d’étude aux meilleurs élèves. L’intervention
de l’Etat est présente mais minime.
Comment intervient l’Etat ? Il faut d’abord créer une
école dans un village. La plupart du temps elle est en tôle
ondulée pour le mur et le toit. S’il y a du monde, l’Etat
paie le professeur assez rapidement et, après deux ans, donne les
moyens de construire l’école en dur, en donnant un terrain
et un peu d’argent. Mais il ne donne rien pour le matériel
scolaire. Il faut donc se débrouiller pour avoir des bancs et un
tableau noir. Dans une des écoles visitées, nous avons constaté
qu’ils utilisent pour s’asseoir des planches sur des pierres
et des parpaings.
En Europe, on se plaint car il y a trop d’élèves dans
les classes ou qu’on n’a pas les moyens pour donner correctement
les cours. Là-bas, ils sont deux professeurs pour 60 élèves
et pour cinq années différentes.
La première école que nous avons visitée était
une école encore en tôle. Nous avons donné cours à
ces enfants du primaire pendant trois