PAPILLON, métamorphose du monde
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Les aides bilatérales et multilatérales font-elles plus de mal que de bien ?
Stephen Fawbert

Etudiant en Relations Internationales, University of Wales, Aberystwyth

Ces cinquante dernières années ont été marquées par une aide récurrente des pays les plus prospères aux nations les plus pauvres. Les principaux types d’assistance financière sont bilatéraux (entre deux gouvernements) et multilatéraux (donnée par des organisations inter-gouvernementales telles que la Banque Mondiale). Bien que l’aide privée des ONG soit relativement faible face au trillion de dollars versé par les nations prospères, ce sont principalement les campagnes de solidarité telles que « Band aid »(1) et « Comic relief »(2) qui attirent le plus de publicités sur les problèmes du Tiers Monde. C’est ainsi que l’aide aux pays les plus pauvres est considérée comme profitable pour les déshérités de la planète.
En est témoin l’encouragement donné par Gordon Brown, Ministre britannique des Finances qui, en doublant le montant de l’assistance financière accordée par la Grande-Bretagne au Tiers Monde, tend à approcher le but fixé par les Nations Unies, c’est-à-dire une donation de 0.7% du PNB.

Mais pour évaluer le soutien des pays prospères, il est avant tout nécessaire de retracer son histoire et de le placer dans le contexte de la croissance qui a mené le Tiers Monde de la colonisation à l’indépendance alors que régnait la guerre froide entre l’Est et l’Ouest. Et pour comprendre si, dès le départ, cette assistance apporte plus de mal que de bien, il faut avant tout considérer les circonstances économiques, politiques, sociales et environnementales qui l’ont générées.

Le déclin rapide des empires européens après la deuxième guerre mondiale et l’arrivée d’un nouveau type de guerre qualifiée de « guerre froide » ont engendré la création du Tiers Monde. Il est composé d’anciennes colonies d’Amérique Latine, d’Asie et d’Afrique qui n’étaient alors pas dans les sphères d’influence des Etats-Unis ni dans celles de l’Union Soviétique. L’héritage colonialiste a laissé la

plupart de ces pays dans un état d’inexpérimentation et donc de faiblesse au plan gouvernemental. C’est dans le contexte de la conférence de Bretton Woods (1945) que les nations industrialisées ont décidé d’apporter leur aide à ce Tiers Monde naissant.
Les raisons principales de cette assistance étaient d’une double nature : d’une part, certains pays se sentaient coupables d’exploitation coloniale et, d’autre part, la crainte que ces pays sous-développés ne deviennent une proie facile pour l’Union Soviétique.

En ce sens, le livre de Walt Rostow est très intéressant. Théoricien de la modernisation, Rostow croit en effet que tous les pays passent par cinq étapes de croissance économique pour atteindre « le pallier de consommation de masse ». Les états occidentaux ont atteint cette phase durant la période d’après guerre, alors que les pays du Tiers Monde étaient toujours au stade économique « traditionnel ». On a dès lors pensé que l’aide pourrait leur fournir l’impulsion nécessaire qui leur permettrait d’atteindre le stade de consommation de masse. C’est en ce sens que l’on peut considérer les intentions d’assistance comme tout à fait favorables.

Facteurs économiques
Les histoires de succès économiques existent. Selon les chiffres de la Banque Mondiale, la moyenne de l’accroissement du PNB par habitant entre 1950 et 1990 étaient de 6.4% en Asie de l’est et de 3.0% en Asie du sud. La Corée du Sud est un exemple de pays qui a eu une grande croissance économique grâce à l’assistance financière internationale. Entre 1950 et 1993, le PNB par habitant a augmenté de manière spectaculaire de 146 à 7660 dollars. L’aide a donc lancé l’industrie locale et a, dès lors, encouragé les investissements étrangers. Tout cela a été rendu possible par l’économie néo-libérale préconisée par les institutions de subventions qui ont ainsi permis aux pays pauvres d’ouvrir leur économie au marché global libre, de diversifier leur production et de profiter du succès de leurs exportations. Le Botswana est un exemple de pays qui a connu des succès économiques à partir de 1960. Dédaigné par les Britanniques qui le considérait comme un pays rebus, il a bénéficié de l’assistance financière de l’industrie du diamant,

ce qui l’a conduit à augmenter son PIB, qui est actuellement d’environ 3.000 dollars par habitant.

Cependant à chaque victoire, il y a au moins un perdant. En dépit des efforts financiers faits par les pays prospères, la croissance économique qui devrait en résulter n’a pas été remarquée partout dans le monde. Entre 1980 et 1990 la croissance du PNB par habitant était de 0.1% en Amérique latine et aux Caraïbes, de –0.8% en Afrique Subsaharienne et de – 2.4% dans l’est et le nord de l’Afrique. On suppose que l’aide menait automatiquement à la croissance économique mais il faut garder en mémoire que tous les bénéficiaires n’en ont pas profité comme la Corée du Sud. En 1950, les PNB de la Corée et du Kenya étaient environ les mêmes, 129 dollars par habitant, en 1993 le Kenya avait seulement atteint 340 dollars par habitant. L’assistance financière n’a en ce sens pas atteint son but et l’on peut même dire qu’elle a fait très peu de bien à l’économie du Kenya.

Cet état de fait laisse supposer que les efforts financiers des pays industrialisés font parfois plus de mal que de bien dans la mesure où ils favorisent le fossé, toujours existant, entre pays riches et pays pauvres. Certains pays du Tiers Monde ont rejoint le club des nations industrialisées tandis que d’autres sont désespérément à la traîne.

On peut même considérer que l’aide a non seulement échoué dans certains cas mais qu’elle a aussi endommagé irrémédiablement l’économie naissante de certains pays du Tiers Monde. Le FMI et la Banque Mondiale ont versé des billions de dollars en prêt au Tiers Monde, en anticipant sur une croissance à l’exportation et donc sur une possibilité de remboursement des intérêts à moyenne échéance. Mais cela n’a pas été le cas partout, en sont témoin les 70 millions de dollars de prêts au Subsahara qui, du fait d’une non croissance de l’exportation, est dans l’impossibilité de rembourser les prêts et les intérêts. Selon Gyawali Dipak, « après quatre décades d’aide au développement, le stock des ressources se dirige du sud vers le nord ».

L’aide bilatérale et multilatérale font-elles plus de mal que de bien ? (page 1/2)

 

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