Des structures bénéfiques
Le développement constant de l’interdépen-dance entre les nations, superposant au découpage traditionnel de l’espace par les frontières étatiques des zones de solidarité transnationales, a eu pour conséquence bénéfique la mise en place de structures de coopération dont les plus efficaces ne sont pas nécessairement les plus officielles.
Certaines, au contraire, comme les organisations non gouvernementales (ONG), jouent un rôle important et croissant de vigilance et de mobilisation dans leurs domaines respectifs -principalement l’environnement, les droits de l’Homme, l’aide humanitaire - et un rôle tout aussi important d’éveil et d’éducation de l’opinion publique internationale. Du point de vue de l’évolution des relations internationales, l’aspect le plus novateur, en ce qui les concerne, est leur émergence en qualité de véritables acteurs de ces relations, en concurrence directe avec les acteurs traditionnels que sont les Etats.
Ceci demande un mot d’explication.
Pour parler de l’espace où se déroulent les relations internationales, les journalistes, par analogie avec le théâtre, parlent volontiers de la « scène internationale ». Dans le même esprit, les spécialistes des relations internationales qualifient d’ « acteurs » les différents protagonistes de ces relations.
Pour les auteurs classiques, disciples de Thomas Hobbes ou de Raymond Aron de Machiavel ou de Kissinger, comme naguère pour le Général de Gaulle, l’unique véritable acteur des relations internationales est l’Etat. En dehors de l’Etat, il ne peut y avoir que des figurants, des comparses, ou des « machins ».
Tout le monde aujourd’hui s’accorde à dire que cette vision traditionnelle trop réductrice est dépassée par les faits. Même les traditionalistes les plus bornés reconnaissent qu’outre l’Etat, qui reste un acteur incontournable et privilégié, il y a désormais sur la scène internationale une série d’acteurs non-étatiques parmi lesquels figurent entre autres, les Organisations internationales gouvernementales et non gouvernementales, les entreprises multinationales et une série d’autres acteurs informels occasionnels ou potentiels comme les mouvements de libération nationale,

les collectivités locales et régionales, les réseaux clandestins, etc.

Les organisations internationales gouvernemen-tales (OIG) se distinguent des organisations internationales non gouvernementales (OING) notamment par le fait que leurs membres sont des Etats, qu’elles sont des sujets de droit international et que leur autonomie de décision est fortement limitée. Dans l’immense majorité des cas, elles ne peuvent émettre que des résolutions dépourvues d’effet obligatoire. Il suffit, pour s’en rendre compte, de dresser l’inventaire des résolutions successives et répétitives du Conseil de Sécurité de l’ONU enjoignant à Israël de se retirer des territoires occupés de Cisjordanie. Ceci ne diminue en rien l’utilité des OIG en général et de l’ONU en particulier, dans le développement d’une diplomatie multilatérale en offrant aux Etats le cadre permanent d’un dialogue à combinaisons multiples. A cet égard, l’ONU représente quelque chose comme l’internet des relations internationales. Nul doute que l’ONU joue aussi un rôle utile de réducteur de tensions à l’échelle internationale et de creuset à l’éveil d’une conscience mondiale.

Une société civile mondiale
Mais l’innovation la plus intéressante en matière de relations internationales réside incon-testablement dans le rôle croissant qu’y jouent des acteurs n’appartenant ni par leur statut, ni par leur composition, à la sphère étatique. Au premier plan de ces derniers figurent les OING.

Certes, ce type d’acteur n’est pas radicalement neuf puisque certaines organisations trans-frontalières, telles que les églises et les ordres religieux, comme l’Ordre de Malte ou celui des Templiers, étaient actives et influentes bien avant l’émergence des Etats modernes. Ces organisations bien différentes à certains égards des OING actuelles n’en possédaient pas moins déjà les caractéristiques essentielles : elles étaient internationales, tant par leur composition que par leurs objectifs ; c’étaient des organisations privées ; le caractère bénévole

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Lacunes de l’interdépendance
Alors, l’interdépendance est-elle la pierre philosophale ou le Saint Graal garantissant le bonheur éternel de l’humanité ? Si tel était le cas, cela se saurait depuis un moment. L’interdépendance se développe et se renforce depuis le début du XIXème siècle sans pour autant avoir empêché une belle brochette de guerres, y compris les deux conflits mondiaux les plus meurtriers de l’histoire, ni le développement d’un conflit Est-Ouest qui, pour être heureusement resté à l’état de guerre froide, n’en était pas moins porteur de l’anéantissement potentiel de l’humanité.

L’interdépendance n’est donc pas la mère de la paix, par un simple effet mécanique.
Elle n’est pas non plus la mère de la justice, comme en témoignent à suffisance les relations entre grandes puissances et petits Etats, entre le Nord et le Sud, entre alliés des Etats-Unis et Etats soupçonnés de sympathie pour « l’axe du Mal ». Enfin, l’interdépendance n’est pas davantage la mère de l’égalité. La société internationale est au contraire caractérisée par de criantes inégalités ; inégalités de puissances et de richesses, inégale répartition des ressources naturelles, inégalités devant les catastrophes naturelles et les épidémies, inégalités dans l’accès au savoir et aux technologies de la communication, inégalités persistantes entre hommes et femmes devant le travail, l’éducation, la maladie, l’intolérance et les abus de puissance.
Ce sont là autant de facteurs qui, en opposition aux tendances à l’interdépendance et à la globalisation, contribuent à maintenir, voire à accentuer la fragmentation du Monde.
Cette fragmentation a été favorisée plutôt qu’atténuée par le développement des techniques de communication, dans la mesure où celui-ci a facilité la comparaison entre les images de la prospérité parfois insolente des uns et la réalité de la misère parfois révoltante des autres.
Cette comparaison nécessairement choquante provoque chez les moins bien nantis une haine et un désir de vengeance qui alimentent inévitablement le double fléau du terrorisme et de l’intégrisme.

 

PAPILLON, métamorphose du monde
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OING : Nouveaux Acteurs des Relations Internationales (page 2/3)