Sous l’effet conjugué de la révolution industrielle et des technologies de la communication, les relations inter-nationales ont connu, au cours des deux derniers siècles, de profondes mutations. Jusqu’à la première guerre mondiale, elles étaient réduites à des relations occasionnelles entre des Etats, voire entre des princes, en état de rivalité consubstantielle et perpétuelle. Ceux-ci n’avaient guère le choix pour vider leurs querelles, qu’entre le recours à la force et à la négociation. Dans l’orientation de ce choix, les peuples n’avaient pas voix au chapitre, et l’arbitrage éventuel d’une hypothétique communauté internationale relevait de l’utopie absolue.

L’ère de l’interdépendance
En 2002, le monde se trouve à mi-chemin entre l’état violent et anarchique des relations internationales traditionnelles, déjà dénoncé au XVIIème siècle par le philosophe anglais Thomas Hobbes, et la communauté des peuples placée sous l’autorité d’un gouvernement mondial qu’il préconisait comme seul antidote possible à l’anarchie et à la violence de ce qu’il appelait « l’Etat de Nature ». D’un côté, confrontés à un ensemble vital, les Etats sont devenus à ce point interdépendants que l’on peut désormais, sans verser dans le délire utopique, parler d’une véritable communauté internationale.

De l’autre, cette solidarité ne suffit pas à organiser de façon efficace la communauté internationale en fonction de ces intérêts communs. Les difficultés rencontrées dans la mise en place d’une cour pénale internationale, l’impossibilité de bannir définitivement certains types d’armements ou de comportements, le refus d’appliquer des normes minimales de respect de l’environnement ou de sauvegarde des droits de l’homme ne sont que quelques-unes des illustrations de cette tragique impuissance de la communauté internationale face à l’arrogance persistante de certains Etats.
Les progrès technologiques sont allés de pair, dans le domaine économique, avec la constitution d’un marché mondial en plein développement. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, le volume des échanges s’est

s’est accru plus vite que celui de la production. La libération du commerce mondial est incontestablement créatrice de richesses : depuis la création du GATT en 1947 jusqu’à celle de l’OMC en 1995, le volume du commerce mondial a été multiplié par 200. Mais elle est aussi génératrice d’inégalités : 20% de la population mondiale consomment 80% de cette richesse.

Le boom de la communication
Depuis les débuts du XXème siècle, le développement et la diversification des échanges internationaux ont été particulièrement stimulés par la modernisation des réseaux de communication. Le cloisonnement traditionnel des Etats et des sociétés a été progressivement remplacé par un champ d’information unique pour former le fameux « village planétaire » cher à Marshall Mac Luhan.
En moins d’un siècle, on est passé du télégraphe et du téléphone aux autoroutes de l’information. Grâce aux perfectionnements des câbles et des fibres optiques, des ondes hertziennes et des satellites géostationnaires, le décalage entre le moment de l’émission et celui de la réception d’un message transmis d’une extrémité à l’autre de la planète est inférieur à la seconde. Ainsi, le « village planétaire » de Mac Luhan s’est réduit à un point et même si le 1er janvier 2000 a commencé aux îles Tonga quelques heures avant Bruxelles, il était possible d’y assister en temps réel, du fait de l’instantanéité de la transmission des images.
Cette implication de la communication internationale dans le processus de la globalisation n’est pas dépourvue de contrepartie négative.
On a tout d’abord pour effet une fâcheuse uniformisation du contenu culturel. Le modèle véhiculé par les médias est porteur de valeurs trop marquées par la société de consommation à l’occidentale pour ne pas provoquer des phénomènes de rejet qui sont parfois à l’origine du développement d’un intégrisme. Intégrisme dont l’élément religieux n’est souvent qu’un référent instrumentalisé pour faire barrage à la civilisation dominante, par le retour prôné à des racines fondant une identité, c'est-à-dire une différence.

Limites de l’interconnexion
C’est d’ailleurs une illusion de penser que la compréhension mutuelle entre les peuples progresse en fonction de l’intensité des communications. Paul Claudel qui était un diplomate expérimenté écrivait déjà, avant la Seconde Guerre mondiale : « les hommes, plus ils se touchent et plus ils se rétractent ; plus ils prennent une conscience exclusive d’eux-mêmes, plus ils s’attachent à leurs caractères propres et à leurs différences fondamentales. »
Mais il y a plus grave : cette globalisation prétendue de la communication ne couvre, en réalité, que les sociétés économiquement développées. Elles seules disposent des infrastructures techniques et des moyens financiers permettant de s’approprier les technologies de pointe. Peut-on sérieusement parler de communication universelle alors qu’il y a plus de téléphones dans la seule ville de Tokyo que dans toute l’Afrique, et plus de téléphones à l’intérieur du Japon que dans l’ensemble du Tiers-Monde ?

Le repli impossible
Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, il n’est plus possible aux Etats de vivre en vase clos, à l’abri des grandes contraintes de notre temps :
- Les risques apocalyptiques de la guerre moderne.
- La répartition de plus en plus inégale des richesses, des connaissances et des techniques
- Les menaces de plus en plus nombreuses et inquiétantes contre la survie des espèces vivantes et de notre environnement naturel, la gestion durable et équitable des ressources constituant le patrimoine commun de l’humanité. Ces contraintes constituent autant de défis à toute volonté de repli, ou d’autarcie. Elles postulent l’exigence d’une gestion collective et la prise en compte du caractère transnational des réponses à apporter. Le nuage de Tchernobyl, on l’a assez dit, ne connaissait pas de frontières. Le terrorisme, on l’a assez vu, n’en connaît pas non plus.


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PAPILLON, métamorphose du monde
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