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ROLLING
STONE
Dessin
original acheté à une brocante
"How does it feel
How does it
feel
To be on your own
With no direction home
Like a complete unknown
Like a rolling stone?"
Bob Dylan
Dieu! Ne vois-tu pas la
pierre glissant du haut
De la colline à travers les murmures sauvages,
Le hasard qui les meut
se moque bien des rages
Qui peuvent tant peser sur ce bout de noyau.
Cette pierre, c'est moi. Je dévale la pente
Qui va de mon enfance aux soirs noyés des vieux
Rien ne l'arrêtera car sa course est démente
Et se perd dans l'oubli des rêves envieux...
Je naquis de l'orage hérité de l'été
Et même mon séjour dans le creux des entrailles
A ridé mes os mous du plaisir qui les raille
Pour permettre au regret d'enfanter le léthé.
Mon île m'accueillit
comme on guérit la peste:
Je fus jeté au bas de l'inégale ampleur
Et traînai jusqu'au sang ce jour que je déteste
Car pour nourrir la vie il a fallu ces pleurs.
Mes premiers cris flétris du futur morosé
Glacèrent mes humeurs vers la fin insipide
Mon bonheur trop absent a fait fi des perfides
Layons et vomit la rougeur des baisers.
Mes premiers pas lâchés respirent, monotones,
Tous les accrocs humeux des pleurs qu'on a cueillis
C'est que la pente amère au demeurant n'étonne
Que les micro-fourmis riant dans les taillis.
Ma côte est caillouteuse et je me cogne au trot
D'un pauvre qui m'image au sein de la misère
Cet autre c'est bien toi, mon miroir, ô mon frère
Et comme moi tu vis en
suivant l'amer flot.
Puis c'est ensemble enfin qu'on goût de Sisyphe
Les espoirs pommadés des chiens qui sont perdus
Vois-tu si mon destin lentement se rebiffe
C'est qu'il a trop connu ces fats sentiers ardus.
Mon seul beau jour ne fut qu'un misérable jet
Catapulté au sang d'une innocente pie
Jour fatal car depuis je désire l'impie
Abnégation du Fils. Quand je devins sujet
Au mirage statique et aux terreurs des spectres
Les abîmes en choeur harcèlent dans mon bord
La blessure infinie au relent de grand sceptre
J'espère que demain, la folie ait ma mort.
La blessure est l'Amour,
électrique tombeau
Lys désarçonné des hantises squelettes
Tu périras tout bas sans une violette
Sur ton coeur désséché, plus pâle
qu'un lambeau!
Des rumeurs courroucées au son de ses victimes
Ont caché tout le soin qu'envient les îlots
Tant quee la belladone aura éteint mes rimes
Nos adieux resteront parures de manchots.
La tempête suivit. Je mangeai du regain
Pour devenir ce sage et mépriser la vie
Mais mes atomes nus ont assouvé l'envie
Qui pourrissait au fond de cet avenc certain.
Et je tombai brutal! O misérable mine
Que gonfla trop la honte en sa chute d'alcool
Mais ce n'est pas la fin: je maudis l'assassine
Lune qui m'éblouit des lascifs seins et col
Heureusement ce puits s'écroula sous l'éclair
Et moi pauvre caillou, je fus fondu en terre
Et péris étouffé par la mort congénère
Peut-être renaîtrai-je au renouveau des chairs...
Ce statisme m'effraie: il faut que mon coeur bouge
Je dois tout oublier - mais c'est elle ma chair
Je vivrai cet instant jusqu'à mon heure rouge
Où l'Amour pétrifié m'aura rendu non-serf.
Et puis donc ce soir-là je reprendrai ma course
Qui lentement me mène à l'éternelle
mer
Poli d'immensité je reverrai ma source
Et serai consumé ...comme un regret amer.
(nuit
du 22-23 décembre 1973)
Murgia Michele Angelo
Vezzosa
Felicemente irrogo la mia pena
all'amore - lei era vezzosa.
Tristemente, irruente, il mio canto muto
Si sperde nell'immenso
Spasmodicamente vedo il frutto
maturo del nostro incontro
Diciasettenne fosti: mai più ti rivedro'
Specchio dell'anima mia
Viaggiante solare, malinconia
struggente, povera isola mia!
Tapino sono stato incubo del dolore
Sfondato precursore
Esule del passato ti portero', se vuoi
l'onore d'un giorno
sperduto.
Maggio 1974
Je suis poète...
Je suis poète
ophiolâtre,
Cultivateur de l'abandon
Germe-rictus
Rire de théâtre
Persulfuré
à l'édredon.
Saponaire aux ailes dendritiques
J'ai bu repu de sarabande
A la patène
de Satan
Moi, varan dévergondé
Le friselis de ses doux cils
M'on becquetté
jusqu'au goulot
J'ai léché
sa glabelle hermétique
En automate dispenseur
Si notre amour rhomboïdal
Rhizocarpé
sans liaison
Fut persiflé
par les Psychés
C'est que l'Esquille
de nos ébats
En a blessé
plus de cent mille
En vasculant dans
les gotons
Ces goualeuses qui
moutonnent...
1974
Rencontre
Tes yeux de jade
Puits de bonheur
Nomades
Me font si peur
Ta bouche mièvre
Source d'extase
Est fièvre
Ou mer topaze
Ta peau tanna
Au soleil blond
Du Sahara
Un coeur girond
Et l'âme fière
Que tu dévoiles
Est mère
Des aubes pâles
1974
Sardegna mia natia
Ichnuse, ô mon Ichnuse, fille du Tyrrhénide
Toi si loin mon amour
Ta peau sèche m'émeut, rugueuse, granitique mais câline
Si douce auprès la Mer turquoise
Golfo di Aranci, et le Campidano Smeralda-la-douceur
Maternelle
La plage et les galets
Les sables, les falaises déchiquetées
Le maquis, Les herbes, le thym, le serpolet, les parfums
de la macchia
Les genêts brûlés des incendies
Les forêts centenaires
Arbres tors
Le soleil pâmoison
Les palmiers sur le port
Les figuiers sur les rives des rivières
Les milliers de vignes au sang rouge ou blanc
Les figues de Barbarie, en fleurs
Les essaims d'abeilles
Et les guêpiers tout autour
Les aigles pêcheurs
Tes chevaux sauvages à Gesturi
Ton unique sein, prodigieux Gennargentu
Les moutons sur terre, par monts et dans les cieux
Mirages ou bien miroirs
Les mouflons jouant à saute-mouton sur les tacchi
Les mystérieux bétyles à l'ombre des oliviers
Les sept mille nuraghes demeures de nos milliers d'aïeux
Nos dieux
Les villages de pierre
A Barumini, à Serra Orrios, à Talana
C'est là l'œuvre de nos antenati
Ceux qui ont tenu tête à Rome
Pendant plus de cent ans
A Carthage plus longtemps encore
Peuple fort
Peuple grave
Philosophes stoïques
Poètes cependant
Chanteurs improvisant des boutades
Des rires
Le jeux, la mourre stridente, subtile, intrépide
Nos frères ont construit les barrages plus hauts
Sur le Coghinas, le Tirso, le Flumendosa
L'eau précieuse
Pour tous les assoiffés
Le diamant liquide
Sources froides des monts
Au milieu du Mare Nostrum
Peuple de bergers, berbegargiu, crabargiu solitaire
Et leurs femmes, veuves momentanées
Sanglotant, tourmentées en chantant les hymnes improvisés
Elles vont, une broca sur la tête
Lessiver sur les eaux des rivières
Un enfant sur le bras
Linge dans le panier
Et toi, Perdas - Foghesu - qui m'as donné les yeux
Je veux te nourrir
De mes vers
Attends la délivrance
J'ai peur des déchirures
Ichnusa, tu donnas
La seule sépulture digne au Héros
Miroir de ton renom : Caprera
Tu n'as certes rien à envier à ta sœur cadette qui enfanta
l'Empereur.
Ei fu.
Tu tu créas des rois, des guerrières, des savants, des prophètes
Et puis tant de " bandits ", qui n'étaient somme toute que
fils de la Liberté
Et puis surtout Gramsci le clairvoyant
Le cerveau qu'il fallait annihiler
Pour que survive la Bête
Aux vingt millions de morts
Tu as sacrifié trois cent mille prolétaires à la Vieille
Europe, ensanglantée, épuisée
Mes frères exilés
Dans les entrailles au soleil absent
Ton emblème a finalement enlevé les quatre bandeaux
Qui te barraient la vue
Dessillés,
Les Sardes se réveillent enchaînés
Sur les traghetti blancs
Nous reviendrons
Bientôt
Et nos cœurs seront grands
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