La production de la GPA :

Le modèle de série prit le nom de GPA. Les initiales GP désignaient chez Ford les véhicules construits pour le gouvernement (G) et dont l'empattement entre les roues avant et arrières était de 80 pouces (P). Si au modèle terrestre construit sous licence Willys il avait été adjoint la lette W, première lettre de Willys (GPW), ici c'est un A qui désignera sa version amphibie.

Le premier contrat pour 7896 exemplaires fut passé le 10 avril 1942 (contrat W-398-QM-12937 numéro d'immatriculation U.S. Army 702104 à 709999) alors même que les Ford Amphibian 1 et 2 ainsi que la QMC-4 sont encore aux essais et que l'amphibian 3 sort à peine d'usine. La production ne débutera cependant que dans le courant du mois d'octobre 1942, suite à des problèmes d'outillage. L'attribution de ce véhicule est prévue en tant que matériel de reconnaissance.

Si une jeep conventionnelle était à cette époque facturée à l'armée des Etats-Unis 1165 US$, la GPA (alors surnommée "QUACK" par les GI's) lui coûtait 2,090 US$.

Le contrat suivant W-374-ORD-2782 (passé avant octobre 1942) prévoyait la construction de 2104 GPA (numéro d'immatriculation U.S. Army 7010000 à 7012103).

A ces 10000 premiers véhicules, il convient d'ajouter 2785 (sources Ford, les prototypes y étant inclus) ou 2778 (numéros d'enregistrement prévus par l'U.S. Army) nouvelles amphibies faisant l'objet d'un dernier contrat. Ce qui porte le nombre total de GPA commandées et produites à 12785 ou 12778 véhicules suivant les sources. C'est à la suite d'un rapport peu élogieux établi par le Tank-Automotive Command sur cette amphibie que sa production cessera.

Les premiers véhicules sortirent de chaîne en septembre de la même année, la production prenant fin en juin 1943. Il fut produit 5.179 GPA en 1942 et le reste (7.600 environ) en 1943. Toutes furent assemblées en l'usine de Red River à Detroit.

En 1942, 1400 GPA sont destinées à l'Infanterie, 549 à la Cavalerie, 1440 à l'Armored Corps, les autres étant réparties entre le Tank Destoyer Command et les transmissions (Signal Corps). Etant donné les prévisions de débarquement dans le pacifique et en Afrique du Nord, Ford reçoit l'ordre de pourvoir à une production de 3000 unités par mois mais cette cadence ne pourra être soutenue à cause des charges qui pèsent sur Ford et spécialement sur son usine de River Rouge à Détroit où sont produites les GPW. Cette hâte à produire va également se ralentir car le véhicule ne se montre pas à la hauteur des espoirs placés en lui.

La majorité des véhicules construits avait été envoyée sur les théâtres d'opération extérieurs où la GPA s'est avérée à peu près incapable de naviguer en mer car son franc-bord est insuffisant et totalement sous-motorisée puisqu'elle est équipée du même moteur que la jeep mais pèse 606 kg de plus tout en étant dotée d'une caisse qui ne prêtait pas comme celle de son homologue terrestre à la transformation. La GPA était également, comme tout amphibie, plus difficile et plus chère à fabriquer qu'un véhicule terrestre. Enfin, le besoin d'un véhicule de reconnaissance amphibie avait beaucoup diminué. On avait en effet espéré en créant la GPA que les éléments de reconnaissance pourraient être dotés d'un véhicule universel leur permettant de s'affranchir des difficultés de circulation et des multiples coupures dues aux opérations de guerre ou à la nature. Malheureusement, on s'aperçut vite que si la mise à l'eau d'un engin amphibie peut aisément se résoudre et sa navigation être considérée comme aisée, sa sortie est plus aléatoire de par sa faible garde au sol. Or, si beaucoup de fleuves aux Etats-Unis ou en Russie ont des berges en pente douce, il n'en allait pas de même en Europe de l'ouest où la plupart des rivières ont des rives encaissées et où les grands fleuves eux-mêmes ont subi des travaux de canalisation. Enfin, La GPA résistait mal aux effets des courants traversiers. Sa faible charge utile en limitait en pratique l'utilisation au seul rôle de véhicule de liaison au cours des opérations de débarquement.

L'intérêt d'un véhicule amphibie sur le théâtre d'opération européen était donc assez réduit sauf sur le front russe où une grande partie des GPA (3250 unités) fut expédiée. Les autres grands utilisateurs des GPA furent les armées britannique (900 unités), chinoise (40 unités) et française (26 unités). En tout, 4216 Sea-Jeep, comme elle était surnommée à l'époque, sur les quelques 12800 GPA livrées à l'U.S. Army jusqu'en juin 1943 seront attribuées à différents pays alliés dans le cadre de la Loi du Prêt-Bail.

Les copies de la GPA
L'armée russe avait reçu la majeure partie des GPA. Elle avait apprécié ce véhicule qui lui donna satisfaction, pour les raisons rappelées plus haut, dans les grandes plaines de l'est européen. C'est pourquoi une première copie fut produite entre 1944 et 1945 sous l'appellation GAZ 011.

Une nouvelle copie presque parfaite fut entreprise par l'usine Molotov de Gorki, au début des années '50, non sans lui avoir apporté quelques améliorations : les ponts n'étaient pas semi-encastrés comme ceux de la jeep amphibie américaine, l'hélice n'était pas placée dans un tunnel mais elle était protégée par une tôle arrondie et le système de circulation de l'air de refroidissement était légèrement différent. La mécanique provenait du véhicule léger tous-terrains GAZ-69 construit depuis deux années dans la même usine.

Gaz 69

Cette version prit le nom de GAZ-46-MAV ou Malinki, c'est-à-dire, "petit véhicule amphibie".

En Tchécoslovaquie, Tatra développa pour sa part en 1950-52 une gamme de véhicules tous-terrains connue sous l'appellation T 800. Dans cette série, le T 801 était un prototype d'engin léger amphibie dont la parenté, au moins d'aspect extérieur, avec la GPA était criante. Le T 801 qui ne fut pas construit en série était animé par un moteur de 3650 cm³, six cylindres, à essence donnant 90 cv.


Utilisation civile de la jeep amphibie
Si son utilisation pour les opérations militaires fut assez contestable, son utilisation par le secteur civil le fut encore plus. A l'exception de quelques voyageurs épris d'originalité et, à tout le moins, d'un certain goût du risque, le véhicule ne trouva guère à s'employer. Les seuls services à lui trouver un intérêt furent, de part le monde, les sapeurs-pompiers qui en acquirent un nombre assez important pour les secours en cas d'inondation. Malheureusement, handicapée par une charge utile trop faible, par une carrosserie assez peu pratique et une propulsion insuffisante pour étaler les forts courants dus aux hautes eaux, la GPA ne donna que rarement le meilleur d'elle-même.