L'Académie d'Expression par
la Parole et par le Geste enseigne les arts du théâtre,
du mime, de la diction, de l'acoustique, de l'expression
corporelle, de la danse, du grimage et de tout ce
qui peut se communiquer par le corps, lorsqu'on l'étudie
comme un instrument et un art. Les enseignants et
les enseignés sont intensément sensibles
aux espaces et à leurs significations.
En plein centre du vieil Utrecht,
ils habitent au Janskerkhof, une vieille place tranquille,
plantée de tilleuls, deux anciennes écoles
peu aménagées. Ils avaient entendu
parler de nos façons de dialoguer avec des
étudiants, de respecter leur culture et leur
diversité et malgré tout, d'en faire
une architecture motivante.
Et un jour de 1979 un homme
jeune s'est présenté chez nous, extrêmement
amical, aux pantalons effrangés, avec quelques
papiers dans un sac à l'épaule qu'il
avait sans doute tricoté lui-même,
c'était le directeur de l'Académie.
Il nous demandé de transformer ses bâtiments
au fur et à mesure des petits budgets qu'il
espérait obtenir.
Visites à l'école, conférences,
enquête générale, commissions
de participation, expositions de nos premières
idées, récolte des objections, etc.
D'abord nous avons organisé
la bibliothèque de l'Académie dans
l'espace de deux classes et de leur couloir, sans
toucher à l'extérieur. La rencontre
en T des deux murs des classes, nous l'avons cassée
et remplacé par une colonne et deux poutres,
pour réunir les trois pièces en une
seule. Les portions de murs à démolir
avaient été approximativement tracées
et dès qu'elles étaient à peu
près atteintes: « Stop, on n'y touche
plus ». Et puis, seulement réparer,
consolider et adoucir quelques arêtes blessantes,
enfin, terminer les plafonnages sur des courbes
molles tracées avec les ouvriers. Comme si
soudain, le travail des artisans était devenu
un geste si sacré qu'il fallait le conserver
intact... Les cassures superstitieusement conservées
racontent la démolition.
Un plancher se pose alors
sur les rayons des livres, une balustrade Vierendeel
franchit un vide, quelques plantes grimpent et le
reste se meuble tout doucement.
Puis le foyer des étudiants,
son bar, sa mezzanine et sa cuisine, ont été
installés dans le rez-de-chaussée
à l'arrière, avec le même traitement
des maçonneries mais cette fois, sans linteau
: bien raidis, les restes de murs supportent les
étages.
Enfin, après en avoir discuté pendant
des années, nous avons pu organiser le théâtre
central, récupéré sur une cour
intérieure que nous avons couverte. Il est
devenu le centre de la vie de l'école, incrusté
dans les bâtiments, instrument de communication
avec la ville ;
Il était d’abord
très vitré : du théâtre
de rue. Puis, il est devenu une enclave hors du
monde quirecrée son propre paysage à
chaque fois. Et, sauf un grand lanterneau occultable,
le toit est opaque.
Quatre grosses jambes de lamellé-collé
se croisent en diagonale et supportent un réseau
irrégulier de poutres et de chevrons et la
paroi du toit, hautement hyperstatique, irrationnelle,
donc économique et vivante.