INTERVIEW DE JOAQUIM HOCK DONNEE EN 2005 AU SITE "Waterloo-Village.be"


01. Donnez-nous une petite idée sur votre parcours. Comment tout cela a commencé ? Quel fut le déclic qui a fait de vous aujourd’hui, à la fois, un peintre, dessinateur et écrivain ? Etes-vous issu d’une famille d’artistes ?

Il n’y a pas d’artistes dans ma famille proche, j’ai trouvé ça tout seul ! En fait, tout a commencé assez tôt… Comme tous les enfants je dessinais un peu partout, y compris sur les murs de la maison… à la différence de beaucoup de personnes, moi, j’ai continué, mais pas sur les murs de la maison… Je n’ai pas suivi de cours de dessin et je me suis créé un style par moi-même. En observant, en lisant.

02. Comment définissez-vous votre art ? Quelle est la principale « touch » à retenir de Joaquim Hock ?

Ce qui me fait me lever le matin, c’est l’envie de voir des mondes nouveaux. De découvrir. J’essaye d’être l’auteur de mes découvertes. Le plus important : ne jamais faire du « à la manière de ». Un artiste qui imite ou qui n’est pas capable d’être original est un peu comme un explorateur qui perdrait son temps à décrire des îles et des continents déjà connus et cartographiés depuis longtemps ; ce n’est pas très intéressant. Moi, ce qui m’importe, c’est d’essayer de montrer des choses qui n’ont pas encore été vues. Cela ne veut pas dire que je ne subis pas certaines influences, mais j’essaye dans la mesure du possible de les digérer. De les faire miennes. Pour parler de mon style, je pourrais dire qu’il mêle à la fois le burlesque, l’ironique, et le féerique. C’est également très important de faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.

03. Traduisez en vos propres mots ce qu’est la pataphysique ? Quelles sont vos découvertes en la matière ?

Tout vient de l’écrivain Alfred Jarry (1873 – 1907) l’auteur d’Ubu roi et des « gestes et opinions du Dr Faustroll ». C’est un des premiers auteurs que j’ai lu quand j’avais 10 ou 11 ans. Je me souviens très bien que j’ai ressentis un grand plaisir à comprendre que la folie, le délire, l’ironie, le rêve (parfois le cauchemar) pouvaient faire partie de la littérature. La pataphysique est la science des solutions imaginaires. Pour moi, c’est une manière de voir le monde grâce à laquelle on ne se fait pas duper par un prétendu réel pas plus réel qu’autre chose… La vérité a souvent plusieurs faces, et la vérité est souvent aussi dans les rêves. Il faut avoir le courage de regarder les choses de plusieurs points de vue, passer de l’autre côté du miroir.

04. Pour créer, faut-il avoir une certaine audace, sortir de soi, faire tomber le masque ?

Pour créer il faut avoir envie d’aller ailleurs. D’aller voir ailleurs.

05. Comment vous vous faites connaître en Belgique ? Cela n’est pas du tout évident, n’est-ce pas dans notre tout petit pays ?? (Et petit esprit !)

Je ne sais pas si les esprits sont plus petits. Ça dépend sur qui l’on tombe. Il y a des gens curieux et des gens qui se contentent de peu partout. Ici comme ailleurs. Le problème, c’est qu’il est difficile de se faire prendre au sérieux en tant qu’artiste. Exposer dans des petites manifestations collectives dans des villages ou des quartiers, ce n’est pas très difficile, mais quand il s’agit d’entrer en contact avec des personnes ayant un vrai pouvoir (financier ou autre), c’est autre chose. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai créé mon site Internet. Pour toucher plus directement des personnes susceptibles d’aimer ce que je fais.

06. Dans ce sens-là, peut-on dire que votre site, « vitrine virtuelle » vous a facilité la vie ? Vous a aidé à vous faire connaître ?

Certainement. Si j’ai publié quelques textes et des illustrations; si j’expose ici ou là, c’est la plupart du temps parce que des personnes ont été séduites par mon travail en le voyant sur Internet.

07. Le fait d’être Belge est-il un obstacle ou un handicap pour percer ?

Non, en tout cas pas pour moi. Les gens pour lesquels je travaille en France ne s’intéressent pas à ma nationalité. C’est ce que je fais qui importe.

08. Peut-on dire, à l’heure actuelle, que vous « vivez » de votre art ? OU est-ce encore précoce ?

Oui et non. Oui car ce que je fais dans le domaine artistique me rend heureux et me fait donc « vivre », mais non car je ne gagne pas encore beaucoup d’argent avec ça…

09. Avez-vous reçu des propositions pour des illustrations, décorations ou expositions ?

Oui, depuis un an ou deux il y a de plus en plus de choses. Je suis l’illustrateur attitré d’une revue de poésie publiée dans la région de Toulouse qui s’intitule « Nouveaux Délits ». Site : nouveaux délits Cela fait environ deux ans que sa rédactrice en chef Cathy Garcia me fait confiance et me demande d’illustrer à peu près tous les numéros. Un tous les deux mois. Et puis au printemps dernier, les éditions belges MEMOR ont sorti un recueil de l’écrivain carolo Eric Dejaeger intitulé « Contes de la poésie ordinaire » pour lequel j’ai réalisé une trentaine d’illustrations et la couverture. Je suis toujours à la recherche de nouvelles collaborations.

10. Quel style de musique vous inspire le plus ?

Je suis depuis longtemps passionné par la musique. C’est sans doute l’art qui me fascine le plus. Si je pouvais, je serais compositeur, pas autre chose. Mais je n’étais pas doué pour ça malheureusement… Je me contente donc d’écouter. Ce qui m’intéresse le plus, c’est la musique classique et en particulier les compositeurs du 20ème siècle et la musique contemporaine. L’artiste que je respecte le plus est le compositeur hongrois György Ligeti (né en 1923). C’est un maître des illusions sonores, du trompe l’oreille. Il y a beaucoup de folie, beaucoup d’humour dans sa musique, beaucoup de maîtrise aussi. C’est du délire très contrôlé.

11. Peignez-vous en musique ou dans le calme le plus total ? Ou cela n’a aucune importance ?

Ca dépend de mon humeur. Parfois en silence, parfois en musique. J’écoute beaucoup la radio en travaillant.

12. Vos créations dans l’ensemble dégagent une pointe d’humour. D’où vient-elle ? (De vous-même, de lectures ou de situations de la vie quotidienne ?)

Ce qui est important, c’est plus l’ironie que le rire. Il ne faut pas confondre l’ironie et le cynisme. L’ironie, c’est une manière de voir le monde grâce à laquelle ont rit quand il faudrait peut-être pleurer. C’est surtout vrai pour mes textes. Dans mes dessins et mes tableaux, je pratique plus le burlesque, le second degré, la fausse naïveté. J’aime par-dessus tout les situations absurdes ou oniriques. Je pense souvent à Ionesco, à Queneau, à Lewis Carrol.

13. Quelles sont vos lectures favorites ?

Celles que je viens de citer, mais aussi Bernanos, Dostoïevski et la Bible… Je suis très éclectique ! Je lis aussi beaucoup de poésie. Henri Michaux, Apollinaire. J’aime aussi lire n’importe quoi, par hasard. Un bout de journal ramassé dans le train par exemple. L’aventure est au coin de la rue et c’est parfois dans les endroits les plus ordinaires que l’on fait les plus belles rencontres. J’aime être surpris. Par la beauté comme par la bêtise. Il faut connaître des choses médiocres pour apprécier les merveilles.

14. Qu’évoque le mot culture pour vous ?

Les pommes de terre…

15. Quel regard posez-vous sur la société ou l’état du monde actuel ? Comment le (la) voyez-vous ?

Impossible de répondre en quelques lignes à ce genre de question… J’essaye de poser sur toute chose un regard lucide. De ne pas me faire piéger, assourdir. Parfois en observant la société un petit « mort aux cons ! » me trotte en tête, mais à cette injonction le général De Gaulle aurait répondu « vaste programme » et je ne me sens pas la force de m’y atteler…

16. Trois de vos œuvres exposées lors de la vente d'art contemporain à Drouot-Richelieu (Paris), le 8 octobre, vont-elles vous inciter ou non à aller voir ou s’installer au-delà de nos frontières ?

Voir certainement, il faut essayer de voir le plus de choses, de tenter. Mais je ne sais pas où l’avenir me mènera. Je suis ouvert à toutes propositions honnêtes… S’il y a des gens bien sur la Lune ,j’y vais demain.