
Si
le chemin que tu empruntes ne te conduit pas là où tu veux,
prends une autre route...
A la cantine des Italiens
Se déroule l'histoire
A la cantine des Italiens,
Se déroulent des voix engourdies de fatigue,
Se déroulent des visages d'hommes meurtris,
Tandis qu'arrose de bleus au cur
La langueur du canal.
Voix sans oubli,
Sans trahison.
Visages sans rêves,
Sans clarté,
Visages du soleil déguisés,
Visages faits pour la lumière,
Mais enfouis dans l'obscurité de la mine.
Visages cernés, endoloris.
Entends la plainte non-dite,
Vois les pleurs dans le sourire
Tandis que tu t'avances
A la cantine des Italiens.
Chaque jour,
S'est creusé un peu plus le pauvre matelas
Sur le petit lit de fer,
S'est agglutiné le temps,
Pour rendre moins insupportable la tristesse,
A la cantine des Italiens.
L'air pur a été troqué
Contre cet air vicié.
La brillance a été transformée,
En cette nuit quasi sans fin.
L'espérance pour les autres,
Soulage un instant la nostalgie pesante.
La chaleur diffusée par le poêle
Endort la mélancolie,
Quand le soir est venu
A la cantine des Italiens.
Vie sans intimité,
Partage, par moment, sans don.
La joie est tarie,
A la cantine des Italiens.
Vienne un geste emprunté aux sources
du bonheur,
Vienne la tiédeur d'un souvenir
Quand la solitude a couleur de promiscuité
A la cantine des Italiens.
Combien sont-ils à avoir abordé
?
Combien qui se sont ajustés à la grisaille
Ajoutant parfois le remords au regret ?
C'est au seuil du sommeil
Que devait éclore le croisement des routes
A la cantine des Italiens.
Combien de silences éclaboussés
De peine pour ceux-là
Qui jamais ne renoncèrent à entrevoir
Des rives prometteuses ?
Où étions-nous
Que nous n'avons pu reconnaître
Leur chagrin anesthésié par le travail ?
Ils étaient à la garde des leurs,
Par la grâce de leur courage
A la cantine des Italiens.
Les baraquements attestent pour eux
Des promesses sous-jacentes à leur foi
A la cantine des Italiens.
Du bout du chemin
Reviennent leurs foulées de fin du jour
Plus que celles du début.
Ce fut une si longue marche,
Accablante et répétée.
Pour en arriver aux pas légers
De leurs descendants,
Parfumés de confiance.
Ils ont parfois imaginé
Le cours de saisons neuves,
Abreuvées du climat de leur enfance
Et sont venus plus tard,
A pas mesurés,
Des changements parfois imperceptibles
D'habitudes
A la cantine des Italiens.
Leurs paroles sont devenues les nôtres,
Les nôtres les ont contaminés,
Pour tendre des ponts entre des univers.
Jamais une souffrance qui ne soit méconnue,
Quand résonne un destin à un autre
A la cantine des Italiens.
Souviens-toi de ceux-là
Tissés de leur mer,
De leurs montagnes,
De leurs plages,
Qui ont eu l'audace
D'accoster à l'inconnu
Pour que jaillisse à d'autres
Une aurore prometteuse de bien-être.
Souviens-toi de leur sacrifice,
Pour t'en nourrir quand la route
Se fait chaotique.
Durent des regards
A la cantine des Italiens,
Dure la patience d'une escale prolongée,
Durent des ombres lourdes
Tandis que marchent les visiteurs
Pour recueillir l'aveu de témoignages secrets.
Mal aimés étiez-vous peut-être.
Négligés,
Maintenant reconnus,
Apprivoisés par le temps
A la cantine des Italiens.
Ils vont sans repos,
Ils parlent de nouveau.
Leurs gestes devinés par nous
Demeurent inachevés.
Ils sont là à la table,
Invités par notre mémoire,
Nous enseignant le gris de leur existence,
Nous éveillant à leurs déchirements
Pour que nous en soulagions d'autres.
Ils sont le miroir de nos détresses
A la cantine des Italiens.
Précieux sont les instants anciens
Pressentis par la magie
D'objets laissés là
A la cantine des Italiens.
Frisson,
Mot susurré en soi,
Maladresse d'une main,
Egarement d'un doigt,
Caresse suspendue.
L'émotion est présente
A la cantine des Italiens
Tandis que des yeux accrochent leur étonnement
Aux vieux habits
Et aux meubles usagés.
Le plaisir fait défaut.
L'avenir est suspendu.
Ils sont à jamais présents
Quand courent nos pensées
A la cantine des Italiens.
Appel
C'est mémoire qui
se lève
A l'appel de la mer,
C'est de tout le large,
Des horizons
De nouvelles nefs qui se fendent
Tandis que des soleils,
Debout
Font encoche à travers rades,
Que d'autres faces d'arbres
Se hissent du bout des lames.
Souvenirs d'enfance modifiés par l'âge,
Rappel de paysages, d'odeurs,
D'énoncés, de musiques,
De personnes qui pèsent en mon âme.
Souvenirs
Suspendue aux images d'autrefois,
Me viennent des mots
Dont je n'avais plus souvenir,
Me viennent avec eux
Des émotions neuves
Ajoutées aux anciennes
Et je ne distingue plus
Ce qui est chagrin d'hier
De ce qui est joie du jour.
Demain,
Sera lumineux disait-elle.
Les nuages se dissipent,
Tandis que je l'entends encore.
Peu à peu s'efface son propos
Puis surgissent d'autres paroles
Porteuses du même message
Et je ne sais plus
Si ma peine a absorbé ma joie,
Ou si ma joie a coloré ma peine.
Ma peine et ma joie
Ne font plus qu'un
Alors que j'appréhende
Cette magie de l'instant
Où macèrent ensemble
Pensées et sentiments,
Images et voix anciennes,
Regards et sonorités éclos du présent.
En souvenir de la catastrophe
Glissent des images
Et résonnent des voix aux accents chantants
Tandis que la belle-fleur de charbonnage troue le ciel.
Les terrils nous enserrent.
Hésiterons-nous à nous souvenir ?
Aurons-nous l'audace de dire
La lumière brisée par les profondeurs,
Le collier de vies agglutinées tout au fond
Un jour d'été qui aurait pu être tout ordinaire ?
Que sera notre parole :
Un sanglot ajouté aux anciens,
Un cri pour que cesse le silence
Qui engourdit le paysage actuel ?
Parlerons-nous pour ceux qui n'osent
se redire ?
Craindrons-nous de raviver une douleur
Qui perce encore en ce moment
Au cur de nombreuses existences
Quoique nous fassions ?
N'avons-nous pas mission de rappeler
Leurs messages d'espoir, d'amour, de courage,
Pour nous relier à eux
Et les prolonger encore et encore
Là où ils vécurent
Comme des oiseaux prisonniers
De cages qu'ils n'avaient pas imaginées ?
C'est au seuil du souvenir d'une grille
Que leur histoire, de nouveau,
Nous interpelle.
C'est au seuil du souvenir d'une grille
Qu'est le rappel de si longs jours
Cadencés d'attente,
De craintes,
D'angoisse.
Inoubliables sont ces jours,
Inoubliables ces regards de femmes,
Inoubliable l'appel qui s'est fait hurlement,
Inoubliable le tourment particulier
Qui fut le nôtre,
Inoubliable notre impatience
Nourrie de confiance dans le sauvetage
Car c'est au seuil du souvenir d'une grille
Que s'est dissoute notre hardiesse.
Car c'est au seuil du souvenir d'une grille
Que soudain croire
Ne fut plus de mise.
La mine
Ils sont descendus,
Certains encore engourdis de sommeil,
Gommant en eux les images magiques d'un pays de lumière,
Ignorant qu'à contre-courant de leurs racines,
Dans la nuit éternelle de la mine,
Germait déjà le deuil des leurs.
Ils sont descendus
La bouche et le nez
Engorgés de l'air souillé de la galerie.
Et collait sans doute à leurs paupières,
La poussière des jours précédents,
Tandis que sans soupçon,
Le chemin du non-retour venait à se dessiner.
Ils sont descendus,
Se confondant dans le grisou,
Glissant au sein d'un lieu gourmand de leur vie.
Marcinelle
Nos yeux ont
Au hasard du paysage,
Retrouvé la source de la tragédie.
Et nos bouches ne peuvent plus taire
Ce qui s'est passé ici.
C'est presque de tout terril
De cette région
Que fond sur nous
Le rappel de ces hommes
Disparus un été.
Mais comment témoigner
Avec justesse
De leur souffrance
Nous pour qui,
L'espace d'un cri de femme retenu
A, pour toujours, saveur de révolte ?
Comment dire leur destin
Aux enfants,
Aux petits-enfants qui n'ont pu les connaître ?
Comment ne pas trahir
Nous pour qui,
Le rendez-vous avec eux se pose au hasard d'une route,
D'une belle-fleur de charbonnage,
D'une date qui vibre de nouveau ?
Comment dire,
La perte de l'espérance
Au cur de vies entrouvertes
A notre climat,
A nos usages,
Pour ne pas déserter un amour d'enfance,
Une passion de pauvre ?
Ancrages
De parfums, d'objets,
De musiques, de saveurs,
Surgissent de bien vieilles émotions
Sans que je les cultive,
Les attise,
Les appelle.
M'envahissent alors de vieilles inquiétudes,
Vieilles angoisses,
Vieux chagrins.
Ou bien encore fondent en moi,
Avec délice,
De vieilles douceurs,
Vieilles tendresses,
Vieilles assurances.
Les premiers
Premier soleil
Et première pluie.
Premier soleil mis à vif,
Première mer à portée de galet.
Première mer,
Premier alcool.
Premier biais de lumière
Fleuri aux yeux.
Première force jaillie des mains,
Premier cri que j'entende.
Premier frôlement
Et premier feu.
Premier temps qui court,
Premier regard que je rencontre.
Première rue,
Dernier chant
Pour que roulent les vents
A fil d'écorce
Et fleur d'été.
Rappel
D'une goutte de pluie
Chantée à la fenêtre
Est apparue forme humaine,
A rejailli en moi
Avec le souvenir de visages
Enfouis mais porteurs
D'une pensée et d'une émotion
Générant mes ressources.
En seconde naissance
Par un soupir,
Par une ombre
S'est élevée
Comme quelque neige
Au creux de l'arbre
Mettant en relief
La beauté de moments anciens.
Don
Je tiens les mots en bouche,
Entre les doigts les caresses promises,
Maladroitement parfois
J'offre une écoute
Volée au silence intérieur
Et durent des mots
Qui sont magie au-delà de l'instant,
Et dure la douceur
Du geste qui les accroche
Aux secrètes complicités.
J'apprends en modulant
L'enseignement reçu,
En le faisant vibrer,
En le rendant transparent.
Mal aimés seriez-vous
Si je ne m'appropriais vos chants,
Mal aimés seriez-vous
Si nous n'étions nombreux
A faire ondoyer le rêve appréhendé
Pour le rendre tangible.
Vibrations
Vibration,
Le parfum du lys
Qui embaumant le jardin
Est rappel d'un jardin plus lointain.
Le silence
Qui se prolongeant encore et encore,
Fait entrevoir une intimité nouvelle.
Les mots mille fois relus,
Qui malhabilement écrits
Disent la joie de la réussite,
Ou ceux qui vivement griffonnés
Sur un bout de carton
Annoncent la rupture.
Vibration,
Les nuances de bleu de la mer,
L'accord de l'ail et de l'olive,
La mimique d'approbation,
Le sourire esquissé,
La tiédeur de la pluie d'été,
La douceur de la soie,
L'issue de la marche
Quand se dévoile le paysage.
Vibration,
La honte au terme du soupir,
La parole tue qui pèse sur les lèvres,
La luminosité particulière du sous-bois,
Les remugles échappés de la chambre oubliée,
L'âcreté des pleurs.
Vibration,
La houle dans le cur,
L'illusion du plaisir facile,
Le semblant de doute,
La pâleur d'un regard,
L'espérance d'un écho.
Vibration,
La fragilité de la fleur,
La caresse fugitive,
La pensée qui s'effiloche,
L'indulgence de la mère,
La quiétude éphémère.
Vibration,
La musique venue de nulle part,
Légère, fraîche, cristalline.
Les couleurs emmêlées sur la toile,
La tension dans la main
Avant de laisser courir le fusain,
La lettre déchiffrée à grand peine,
Le coup de fil attendu,
Le coucher de soleil sur le glacier.
Vibration,
L'ami à la fenêtre,
Le vent qui surprend la feuille,
Le bourgeon gonflé de printemps,
Les promesses de l'ondée.
Vibration,
Mémoire de moments délicieux,
Préciosité de bibelots anciens,
Magie de l'instant présent,
Anticipation de la rencontre.
Emotion retrouvée par la grâce
D'une image,
D'un bruit,
D'une saveur,
D'une sensation,
D'une odeur.
Vibration,
La vie même dans ses imprévus,
Dans ses audaces,
Dans ses chagrins,
Dans ses joies.
Joie
Joie,
La fragilité du moment,
La douceur de la soie,
L'équilibre délicat des couleurs,
L'écoute des mots murmurés.
Joie,
La douleur après la course,
La tension du geste,
Le cri au terme du saut,
Le trajet imprévu de l'insecte.
Joie,
L'accueil des notes du carillon,
Les pas sur la moquette,
Le calme du logis ce matin,
L'agitation de la cour de récréation.
Joie,
Les images bousculées par le soleil,
L'indécision des formes sous le brouillard,
Le jet des couleurs sur la toile,
Le méli-mélo de cris sur le marché.
Joie,
Le chant de l'oiseau qui se rapproche,
La tristesse qui devient calme,
La brûlure qui vient tiédeur,
Le jardin humide après la pluie.
Vu de Rigel
Aux oubliettes sont les ténèbres,
En miettes sont les soucis,
Et se cueille de là-haut toute l'étendue du flou,
Et se conquièrent de là-haut les astres sauvages
Comme autant de poussières.
O coule, coule la clarté
Et se répande la joie
Et tel un long foulard
Glisse le flot lumineux
Et s'apaise le désir.
Rutiler, resplendir,
Sauver le temps et la brillance
Et avec plus de subtilité qu'une libellule
Rendre secrète la grâce.
Tout est pont,
Tout est porte,
Tout est passage,
Tout est chemin.
Doucement s'étend la lumière,
Très loin,
Très assurée,
Comme mille feux follets,
Comme des insectes incandescents.
Vu de Véga
La route n'est pas prévisible,
N'est pas construit le ciel
Tant le feu étincelle.
Périssables sont le souffle,
Et le mot et la couleur et la forme
Et l'odeur et le parfum.
Mais ici, la mémoire du temps est longue,
Et fait apparaître les fantômes
De ceux qui sont passés
En laissant une trace d'oiseau blessé,
Une marque de bonheur pareille à une fleur,
Ou une empreinte de combat
Semblable à une cicatrice oubliée.
La solitude est confiance,
Le silence est plénitude,
L'absence est don,
La chimère est vérité,
Le voyage est immobilité,
Car la lumière rebondit de partout.
Les chemins sont multiples,
Infinis,
Dans l'espace rassasié de lueur.
Chimères
Les épines cachent de noirs cavaliers.
Ni le passereau qui se fait lourd
Quand le jour se frange
Ni la guirlande de vent
Pareille à une sacoche bleue
Qui reluit sur la rive du fleuve
Ne me fera préférer
Ma tristesse à mon nouvel espoir.
Noirs cavaliers, emmenez-moi
Dans votre course de légende !
Viennent de preux cavaliers
Pour un siège grandiose,
Viennent de preux cavaliers
Tout éblouissants
Je partirai un jour.
Noirs cavaliers, emmenez-moi
Dans votre course de légende !
Perdre mémoire
Pour qu'à la beauté de
l'arbre
S'ajoute celle du canal,
Pour qu'à la grandeur de la nuit
S'ajoute celle du jour,
Je perds un instant mémoire.
Je me nourris de la sève du vent
Et mêle au hasard de la route
Cantiques et chants païens,
Nacre et pierres précieuses,
Coutil et satin.
Échos
Dans le vent,
Mûrissent les échos
Et perlent des murmures.
Dans le vent,
Glisse la pluie
Et prend racine un sifflement obsédant.
Je suis cernée de bruissements
Mais peu à peu,
Doucement,
Bourdonne une voix intérieure
Puis s'impose la vigilance du silence.
Vu de Sirius
A la mesure de l'étoile,
Il n'est point de soucis,
Point de manque,
Point de désir.
Caresse de lumière,
Multipliée à l'infini,
A l'échelle des secrets de l'univers,
La fête est là sans artifice.
S'éveillent des jours,
Brûlants de bonheur
Et des rêves
Tout enrobés d'or.
L'étoile
éparpille des paillettes
Douces comme des flocons.
L'étoile comble la nuit
Et j'en oublie les nuages,
La brume et la grisaille.
Premier prix de poésie au concours Charleroi "Remue-Méninges" 1999
Temps présent
Je peux filer le temps,
Choisir de l'élever jusqu'au futur
Ou de dérouler le passé.
Mais plus précieux que tout
Est le moment présent,
Baigné de rires ou de pleurs,
Aromatisé de chansons,
De cris ou de bruits infimes,
Brûlé de couleurs ou de gris,
Léger ou grave,
Tout à la fois
Imprégné d'hier
Et porteur d'avenir.
Mon souffle, je retiendrais...
Mon souffle je retiendrais
De crainte que l'arc-en-ciel
Ne glisse ailleurs,
Que les nuages épongent le soleil
Et que le feuillage cesse de briller.
Mon souffle, je retiendrais
Pour que s'anime le ciel,
Que fleurissent des vents légers
Et que chante encore l'ondée.
Un regard, une voix
Un regard, une voix
Me suffisent.
Un regard, une voix
Pour fondre et perdre pied.
Un regard, une voix,
Perles rares
Et prémices de fleurs de paradis.
Un regard, une voix
Pour vibrer de plaisir
Et m'en aller encore au-delà de moi-même.
Ode
Je l'aime par le soleil,
La pluie et la rosée.
Par le nuage, je le chante
Et par le vent aussi.
Je l'aime par le silence
Et le murmure des branches.
Je l'aime par la bise
Et la bruine,
Par la fleur et l'oiseau.
Par le printemps coule mon amour
Et par l'automne aussi
Et la joie qui me saoule
Est la caresse promise
Aussi bien que l'azur de ses yeux.
Amour surréaliste
Connaître
Le soleil bleu
Et le fruit en herbe de l'amour.
D'un temps plus ancien
Epouser la fête.
Jouer demain
Sans manquer
Le plus intérieur savoir.
Sourire au monde.
Mémoire de chats
Chat, déjà enfant,
Je faisais de toi une diva.
Te voilà persan,
Chartreux, abyssin ou angora,
A poils longs ou courts,
Venu ronronner en ma mémoire.
Intact, mon amour
Offrira un poème à ta gloire.
Souplesse féline,
Moustaches assurées, yeux fendus,
Fantaisies câlines,
Sauts, courses et jeux à corps perdu.
Ma fée
Quand je bois aux nuages
Tous les plaisirs du ciel,
Quand un sentier secret
Me mène aux sirènes oubliées,
Quand j'endors la pluie
Comme on endort un enfant,
Quand j'offre une danse
Aux ombres paresseuses,
Quand je deviens maillon
D'une chaîne d'insectes,
Quand j'épouse la tendresse
D'un petit matin tremblant,
Quand je me révolte
Sans me soucier de demain,
Quand je jongle
Avec la lumière réfléchie du miroir,
Quand je brûle
De deviner le chemin des étoiles,
Quand j'ai en bouche
La saveur de fruits du paradis,
Quand je chante
Sur la route la force du parfum,
Quand j'ouvre la porte
A l'innocence de la lune,
Quand j'adoucis d'un regard
La lassitude de l'absence,
Quand je couvre d'azur
La parole murmurée
Et le rire d'un songe,
C'est toi qui te donnes,
Ma fée,
Mon espérance,
Mon illusion fidèle,
Ma liberté nourricière.
Au-delà
Au-delà des limites, de l'envie première, du désir, du besoin.
Faire le pas de plus, celui qui conduit par-dessus l'horizon, qui fait voir de si loin que toute chose semble légère, lumineuse, impalpable.
Aller au-delà de soi, de ses forces.
Etre comme anesthésié,
engourdi de bien-être,
tant on a usé la saveur du moment,
tant on a éprouvé ses multiples facettes.
Au-delà des doutes,
au-delà de l'obscurité,
au-delà des silences,
au-delà de l'absence,
saisir une sorte d'intimité avec le flot des parfums de l'univers.
Enfant
Le mot enfant est un
mot qui fond dans la chair.
Un mot d'éclosion, de promesse, de métamorphose.
Un mot sans calcul, sans chaînes, sans regret, sans illères.
Un souffle de confiance, de lumière, de tendresse qui parcourt l'existence.
Un regard porté sur les choses.
Une caresse, un baiser.
Un murmure, un cri, un rire.
Un mot doré comme le miel.
Une onde qui franchit les frontières et dépasse l'horizon.
Un mot de printemps,
Un chant sucré dans le chaos des paroles.
Un mot de veilleuse, de fruit mûr, d'aube, d'étoile.
Parfois un mot d'ombre,
De sacrifice, de blessure,
Issu de la folie des hommes.
Joie d'été
Pour fêter les
jours tendres comme des cerises,
Les chemins ondulants du vent,
Les nuages en marche sur l'azur,
Mon cur chante,
Mon cur danse.
Pour célébrer
le soleil qui lentement se dérobe,
Les étoiles semblables à des diamants,
La lune, parure de la nuit chaude,
Mon cur chante,
Mon cur danse.
Pour ranimer la fleur
endormie à l'ombre du buisson,
La coccinelle assoupie sur le pétale,
Les algues posées sur l'étang,
Mon cur chante,
Mon cur danse.
Pour arrêter un
moment le cours des minutes,
Pour frôler le vol de l'éternité,
Pour voyager en demeurant ici,
Mon cur chante,
Mon cur danse.
Pour qu'au milieu de
l'hiver,
Tremble aussi le parfum des lys,
Et vole encore le papillon,
Mon cur chante,
Mon cur danse.
Le temps
Le temps passe en arabesques.
Un pas puis un autre,
Un glissement puis un autre,
Un tremblement puis un autre.
Comme une danse.
Au fil des jours,
La dentelle s'effiloche
Et le cur s'effiloche.
Le vent ne se pose jamais.
Au fil des jours,
Il ne reste que la trame.
L'apparence se dissout
Dans l'azur,
Dans le nuage,
Dans l'épreuve.
Le temps passe
Et le silence tamise le rêve
Et le silence ne laisse
Que cartilages transparents
Et musiques légères.
Avec un brin d'imagination
Qu'importe l'endroit,
Je pourrai
Y convertir la grisaille en lumière,
Y renouer avec la liberté,
Y incarner le silence,
Y fondre des images,
Y mener des combats,
Y défier l'ennui.
Qu'importe l'endroit,
Je garde dans le cur un fond de soleil
Sous la couche de poussière,
Une tranche d'arc-en-ciel
Qui nourrit des promesses.
Qu'importe l'endroit,
Dans ma tête s'allient
Le dedans et le dehors, l'irréel et le tangible.
Je voyage sur la peau des ombres
Comme sur des cailloux posés le long de mon chemin.
Peu importe l'endroit,
Mon imagination laisse échapper
Ses oiseaux, ses fleurs, ses fruits,
Ses mots, ses musiques, ses parfums.
Mes rêveries sont les bijoux imprévisibles
Des variations de mon humeur.
Un rien de mémoire
La mémoire passe
Par le chas de l'aiguille.
Comme un éclat de diamant,
Comme le récital d'un oiseau.
Le fil passe.
Il dévide les flammes dans l'âtre,
Le canevas où fleurit le houx,
Le soir ouvert sur la chaleur de Noël.
La mémoire s'échappe
De la boîte à musique.
Comme le miel de notes tendres,
Comme la caresse d'une parole.
La valse s'échappe.
Elle perpétue un conte partagé,
Une confidence reçue dans un écrin d'ombre,
Le bruissement d'une robe de satin.
Fondante, la mémoire passe
Par la plus petite crevasse.
Passe puis s'envole.
Passe ou circule, s'installe, s'incruste,
Pénètre les cachettes de l'esprit,
Ravive le passé, crée des rêves.
Lèche l'espace.
Laisse sa marque,
Un frisson sur la peau,
Un parfum d'enfance sur une image jaunie,
Une fleur de sagesse entre les lèvres.
Avec elle, il n'y a plus de frontières entre les jours,
Plus de vide dans la chair des secrets.
Temps et ombres chinoises
Le temps danse, glisse, se foule, se traverse.
En silhouettes, en ombres chinoises, le temps se découpe.
Sur l'écran nacré
de la mémoire, des traces se devinent.
Elles laissent paraître des paysages d'or et d'ombre, les
fantômes de l'amour, de l'espoir, du plaisir, de l'envie, de la mélancolie,
du doute, de la haine.
Sur l'écran nacré
de la mémoire des empreintes se détachent, plus éclairées
que les autres, plus soutenues, plus larges.
Elles tourbillonnent parfois pareilles à des insectes.
Elles enivrent. Elles taquinent les rêves. Elles s'en vont.
Puis, elles reviennent pour une note de musique, un mot, un objet, une odeur,
un soupir.
Elles s'enroulent dans
la lumière, elles dégagent des parfums capiteux.
Elles prennent les contours des cicatrices de la vie.
Au-delà de ces traces, des visages, des plages, des forêts, des demeures, des fêtes, des accidents, des rencontres.
Sur l'écran nacré de la mémoire, le temps se découpe en ombres chinoises.
Si seulement
Si seulement, je m'aimais,
je m'apprivoisais, j'acceptais de ne plus être cette mouche prise
dans la toile d'araignée de la monotonie,
je laissais monter les joies aussi bien que les colères, je me vidais,
je m'épanchais.
Si seulement, je n'avais
pas faim d'un ailleurs illusoire, j'osais faire le tour du silence,
je dansais sur la pointe des pieds sur un manteau de neige et de soleil.
Si seulement, j'offrais ma faiblesse plutôt qu'une apparence, la surprise plutôt que la prévision, le bourgeon plutôt que le fruit.
Si seulement, je rêvais encore, je tendais la main à l'oubli, j'offrais mon bras à l'espoir.
Si seulement, je ne laissais se découdre mes souvenirs enchantés.
Si seulement, je prenais racine dans l'arc-en-ciel, je m'écoutais, je ne me comparais pas aux autres, je ne m'obstinais pas à devenir pareille à une étoile filante.
Si seulement, je ne m'offrais plus en spectacle comme un clown fatigué
Odeurs
Pour la route, comme
des odeurs de soie,
Des odeurs de pensées,
De paille et de lavande,
De sable et d'espoir,
De thym et d'amitié.
Dans le brouillard, ça sent l'odyssée,
Le départ,
La timidité du muguet en train de frémir,
La chaleur du chocolat,
Aussi bien que l'audace de la vague.
Dans le brouillard, est la vitrine de la route,
La route que l'on prend un jour,
Malgré le doute.
Dans le brouillard sont les signes du temps,
Le temps qui est passé
Et celui qui passera,
Le temps qui soutient,
Le temps qui bat au rythme du pouls.
Pour la route, sont des voix,
Des voix susurrantes d'adieux,
De confidences, de confessions.
Des voix qui glissent jusqu'aux entrailles de l'âme,
Des voix qui gardent la mémoire,
Qui replacent les événements sur la ligne d'horizon,
Qui se diluent au fil des jours,
Et qui flottent longtemps encore,
Pareilles à des parfums.
Un nid si doux
Je m'étais fait
un nid de tulle et de laine, de soie et de dentelle, de velours,
de tendresse, de lumières tamisées, de mélodies.
Je m'étais fait
un nid. Je ne voyais pas plus loin que les bords de mon nid.
Je m'y complaisais.
Un souffle de vent,
un jour, m'a apporté un parfum délicieux.
Un souffle de vent, m'a donné l'envie d'aller voir ailleurs.
Ailleurs, me semblait-il, où la brise berce les flots,
où les fleurs sont des étoiles,
où les arcs-en-ciel durent tant qu'on s'en lasse,
où le danger s'apprivoise,
où les oiseaux picorent les nuages,
où les mots se mêlent les uns aux autres en un chant divin.
Je m'étais fait
un nid. Un nid moelleux, un nid paisible, un nid agréable.
J'y vivais d'illusions.
Je m'enrobais dans les illusions comme dans des vêtements de fête.
Je passais à côté du bonheur,
il était si chétif qu'il m'apparaissait pareil à une
poussière d'or.
J'ai quitté mon
nid.
Une raie lumineuse, un ruban d'azur se sont offerts à moi.
C'était un miracle.
Mes premiers pas furent plus qu'un don des fées,
ils furent une promesse de paradis.
J'ai détaché
chaque souvenir de ma mémoire.
Je me suis tournée vers la liberté, l'infini, la démesure.
Je volais.
Mais, ailleurs, des pétales flétrissaient et il me fallait
les voir.
Des oiseaux mouraient et je ne pouvais l'ignorer.
Un voile gris se posait sur la mer, sur les champs, sur les montagnes,
sur le ciel, sur les plages.
J'allais vers le chagrin, le chagrin des autres.
J'allais vers la colère, la colère des autres.
J'allais vers l'envie, la jalousie, la haine, l'agressivité.
Je tressaillais pour une larme, pour un cri, pour une claque, pour un échec.
Je frissonnais.
Je vibrais.
Adieu, la tiédeur de mon nid, fait de tulle et de laine, de tendresse, de lumières.
Alors, j'ai choisi
J'ai recouvert ma mémoire d'un brouillard épais.
Je m'en suis retournée vers mon nid, un nid de tulle et de laine,
de tendresse, de lumières.
J'ai camouflé
les paysages desséchés en les saupoudrant de paillettes.
J'ai choisi l'illusion plutôt que la douleur et la souffrance.
J'ai concocté un parfum exquis, je m'en suis délectée.
Parfois, je partage ses effluves.
Quelque chose de moi pour faire face à l'ennui, au désenchantement.
Quelque chose de mon nid pour l'un ou pour l'autre
L'un sans l'autre
Quand nous sommes l'un
sans l'autre,
La route devient longue.
La neige devient grise,
Le soleil devient terne.
Quand nous sommes l'un sans l'autre,
L'un sans le parfum de l'autre,
L'autre sans le désordre de l'un,
Nous ne nous y retrouvons plus.
Quelque chose manque.
Le poids du jour est trop lourd à porter.
Malgré le vent, la mémoire reste immobile.
Malgré la musique, vient le vague à l'âme.
Quand nous sommes l'un sans l'autre,
L'un sans le rire de l'autre,
L'autre sans la fièvre de l'un,
Les ombres n'avancent plus sur l'étang,
Il n'est plus un reflet familier dans le miroir.
L'un sans l'autre,
L'autre sans l'un,
Comme un nuage prélevé de l'azur,
Comme une rose sans parfum,
Comme une main tendue vers le vide.
L'un sans l'autre,
L'autre sans l'un,
Il n'y a pas de "plus loin",
De "plus tard",
De "plus beau".
Offrande
J'offrirai au printemps,
La soie de mes danses,
La dentelle de mes rêves,
Le moelleux de mon âme,
Le pastel de mes sourires,
Car je l'aime
Comme on aime la fête,
Le miracle,
Le jet d'eau,
Le feu d'artifice.
Il sourit
Il sourit avec les yeux,
Avec la bouche, avec le front,
Avec le cou tendu vers l'autre,
Avec les doigts offerts.
Il sourit avec sa tendresse,
Avec sa sagesse, avec sa raison,
Avec ses mots choisis parmi d'autres mots,
Avec son écoute, avec la saveur de l'horizon.
Il sourit avec ses bras
qui accueillent,
Avec le chant de sa parole,
Avec l'hésitation d'un geste,
Avec la douceur d'un hochement de tête.
Il sourit dans le doute,
Dans la mélancolie, dans la joie,
Dans l'ombre, dans le soleil,
Dans la soie, dans le velours.
Il sourit et les nuages prennent forme humaine.
Liberté
Le mot liberté
est un mot qui brise les chaînes,
Qui chante et qui gronde,
Qui flamboie et qui brave,
Qui construit et qui transforme,
Qui s'enracine par des jours de passion,
D'espérance et de pardon,
De patience et d'éveil.
Un mot fleuri dans la bouche de l'enfant,
Un mot charnu dans la pensée de l'adolescent,
Un mot tremblant sur les lèvres du prisonnier,
Un mot gourmand de vie.
Un mot qui passe et repasse saison après saison,
Qui illumine les ombres.
Un mot de désir au travers des espaces poussiéreux,
Un mot de miel, de soleil, de force, de partage.
Un mot gravé dans la mémoire,
Un mot qui épouse l'envol de l'oiseau,
La croissance de l'arbre,
Les pas du temps.
Un mot qui révèle à soi-même,
Dans lequel on s'enveloppe,
Avec lequel on rebondit sur les vagues,
Avec lequel on cherche à se détacher du superflu.
Un mot essentiel, infini.
Un mot pareil à une étoile.
Mots
J'aime le mot chevelure
Bouclé comme un nuage,
Épais comme un brouillard,
Touffu comme un bosquet,
Souple comme un chat.
J'aime le mot tranquille
Rassurant comme un ami,
Apaisant comme un baume,
Confiant comme un enfant,
Large comme un sourire.
J'aime le mot parole
Éloquent comme un croquis,
Bavard comme un discours,
Mesuré comme un poème,
Prometteur comme un jour nouveau.
J'aime le mot rire,
Dilaté comme la joie,
Contagieux comme l'envie,
Franc comme la détermination,
Éclatant comme le soleil.
J'aime les mots,
Ceux qui ronronnent,
Ceux qui fondent en bouche,
Ceux qui courent,
Ceux qui voltigent.
Rêverie
La plainte des nuages
qui meuble le vide du cur,
Le gémissement du ciel,
Le grincement de fantômes dans la brume,
Ce n'est qu'un rêve.
Un rêve qui me porte au-delà de l'horizon,
Un rêve qui m'emmène à travers les poussières
de la mémoire.
Le glissement du temps
sur les rails,
Les percussions des jongleurs sur les ailes des ombres,
Le jeu des gris et des ors,
Ce n'est qu'un rêve.
Un rêve qui broie l'ennui,
Un rêve qui porte vers l'infini et l'éternel.
Le clapotis des eaux,
Les cris venus sous les pas,
Les trémolos de la chanson inachevée,
Ce n'est qu'un rêve.
Un rêve qui habille de musique la légèreté de
l'absence,
Un rêve qui sème des possibles.
La longue vocalise qui
n'en finit pas,
La trace qui s'efface trop tôt,
La voix qui imbibe la nuit,
Ce n'est qu'un rêve.
Un rêve à portée de l'âme,
Un rêve que je malaxe entre les doigts.
La rondeur des pastels,
Le soleil qui caresse le jour,
La vibration florale d'une mer d'herbes folles,
Ce n'est qu'un rêve,
Un rêve de taffetas et de tiédeur,
Un rêve qui me permet d'attendre que se fixe l'illusion.
Les rayons de lumière
qui s'entrecroisent,
Les paroles qui dansent ensemble,
Le tout petit sourire qui se devine presque,
Ce n'est qu'un rêve.
Un rêve que j'entretiens pour le plaisir de vivre,
Un rêve qui s'infiltre dans les bruines du bonheur.
Noël
Noël est un mot
Qui chatouille les silences,
Qui traverse les gris,
Qui rebondit pour un rai de lumière,
Qui danse avec l'enfance.
Qui chante en sourdine,
Qui s'étend,
Qui prend pouvoir sur la dérive des hommes,
Qui illumine les ténèbres,
Qui l'emporte sur les doutes.
Extrait de http://ecrits-vains.com/selection_poesie/novembre2001/accueil.htm
Autre lieu, autre mémoire, belge cette fois, Micheline Boland nous invite dans son recueil "POESIE DE MONT-SUR-MARCHIENNE ET D'AILLEURS" à parcourir trois textes écrits en souvenir de la catastrophe de Marcinelle en 1956. (La mine, A la cantine des italiens, L'appel)
Aaron de Najran nous en dresse le portrait :
... "Le charbon, lait noir de notre terre nourricière. Avec ses terrils, ses trous de vermicelle dans la terre, ses gueules de houille, sa vie en noir et suie, l'eau-de-vie du samedi.
Micheline Boland nous invite à visiter l'imagier de ses souvenirs. A partager un morceau de cette vie entre terre et terrils. "Les yeux accrochent leur étonnement aux vieux habits et aux meubles usagés".
L'écriture est sobre, parfois rugueuse, un brin incantatoire, rythmée par le pas pesant des galoches sortant du trou, hébétées de lumière, par une cuillère en étain raclant le fond d'une gamelle, par la toux humide des poumons silicotiques.
Mais malgré tout, dans son horizon de suie et d'acétylène, le mineur emporte avec lui une flaque de mer au fond des yeux, avec des grands paquebots de rêves. La mine, une vie d'avant, d'une vie d'ailleurs. Une vie qu'on ne rencontre plus que dans les vieux Paris-Matchs des greniers d'arrière-grand-mères.
Aujourd'hui, les mines ont fermé leur gueule. On a apprivoisé le grisou. On l'appelle Boeing ou bombe à billes. Un grand moment d'humanisme... "