RAMONA : Cœur Fidèle.

 

Par un beau matin, sans chagrin, je décidais d’aller me promener.

Chemin faisant, je fis une drôle de rencontre. Je longeais le petit bois et les prairies, au coin de ce petit bout de carré d’herbes, lorsqu’on m’adressa la parole  et le verbe.

« Bonjour…Ou vas-tu de si beau matin ? ..Je ne t’ai jamais vue par ici !!! Qui es-tu toi, qui me paraît si seule ? »

Etonnée, abassourdie.toute à la fois, je vis celui qui s’adressait à moi… «  Je n’adresse pas la parole à des inconnus » répliquais-je. Car j’étais plongée dans de profondes pensées. Mais de nature curieuse, je m’arrêtais, et de faire la conversation, je me lançais…

« Oui, je sais…tu ne m’as jamais vue, mais pourtant, il y a longtemps que je connais la région…et  vois-tu, je suis très occupée à la maison, alors aujourd’hui, j’ai fait une exception.

D’une voix rocailleuse, grave et essoufflée, il me dit  de m’asseoir près de lui, et il reprit : «  Tu sais que j’ai eu une drôle de vie ? ..Il y a longtemps que je suis ici, et je n’attends qu’une chose…la MORT .

Pourquoi lui répliquais-je, as-tu de ces pensées moroses ?  Pour toi, la vie doit être rose. De l’air, de l’herbe, du soleil, l’odeur de ces bois, le chant des oiseaux, tu ne dois pas penser à cela…

«  Hélàs, me dit-il, je ne vois plus rien, je ne sens plus rien, sauf le soleil qui le réchauffe les vieux os, et la pluie qui me fait si mal au dos. L’odeur de l’herbe je n’ai qu à me baisser, mais regarde. je suis tout courbaturé. Quant aux chants des oiseaux, je ne les entends presque plus..Et ce n’est que ton pas, qui m’a fait relever la tête.

J’allais répliquer, mais il me dit «  Tais-toi, laisse moi parler, je vais me raconter.

Et comme une gosse, sans le quitter des yeux, je l’écoutai bien sagement…

 

« J’étais jeune et fier, en pleine santé, jamais je n’aurais pensé me retrouver dans le fossé. Mais mon Maître avait marqué ma destinée : je travaillerais !!! Oh non, pas comme un fier destrier, pas comme ces beaux qui se pavanent, non…rien de cela.

Un jour mon Maître, m’a emmené dans une grande cour. Il y avait des femmes, des hommes, des enfants…Un bruit infernal de ce monstre qui surgissait de terre…Noire ! ..Noir, tout comme le visage des gens que j’avais croisé. Je pris peur et me cabrai..

Mais mon Maître me calma, d’un coup de fouet bien appliqué..

De force on m’emmena devant un trou béant, d’où surgit une cage de fer. Sur les yeux, on me mit un bandeau, à ces hommes on me confia, et mon Maître s’en retourna. J’eus beau trépigner, crier. il partit sans même se retourner. Je ne puis plus bouger..car les pattes ont me les avais entravées..

Un coup de cloche, une secousse et voilà que je descendais..Mais j’ignorais où j’allais…

Lorsque s’arrêta la cage de fer, je sus que je me trouvais en enfer..et là..commençait mon vrai calvaire.

On m’attela à de gros chariots, mais je ne les vis uniquement, que lorsqu’on m’enleva  le bandeau !!! Il faisait noir, juste de toutes petites lumières, comme lorsque j’étais chez mon maître. Mais tant de cris, de bruits..que mon cœur se mit à battre la chamade ! Je titubais en tirant ce lourd fardeau. Ces harnais me pénétraient la peau et me faisaient suer sang et eau..