Une réalisation
de Gregor Beck
Pour
écouter quelques extraits de la maquette
des trois premiers épisodes :
Premier épisode : extrait de la maquette  (real 32,1Kbps - extrait 4'21")
Deuxième épisode
: extrait de la maquette  (real 32,1Kbps - extrait 3'25")
Troisième épisode
: extrait de la maquette  (real 32,1Kbps - extrait 4'50")
Pourquoi Léo Ferré
Il y a trois ans, je terminais une
série de cinq émissions consacrées au poète
et cinéaste Pier Paolo Pasolini. Ce documentaire radio était
la première étape d’un vaste chantier poétique
consacré aux poètes maudits, et le dernier épisode
se clôturait sur une chanson de Ferré : « T’as
payé ». Le lien était fait car… Oui ! Ferré
est bien un poète maudit. Et il le clame, contrairement à
Pasolini dont c’est plutôt la vie et l’histoire qui ont «
maudifié » et ont transformé le personnage en
un scandale peu poétique.
Le travail que je vous présente
ici, est le fruit d’une longue démarche de recherche et d’apprentissage
de l’œuvre et de la vie de Léo Ferré. J’ai eu la chance
de rencontrer une participation généreuse et active
de la part des personnes que j’ai sollicité pour ce travail
(Mathieu Ferré, Richard Martin, …) L’écriture finale
de cette émission se basera sur les différents éléments
récoltés lors de la phase actuelle du travail. Il
s’agira d’une écriture radiophonique, au sens propre, intégrant
aussi bien le langage écrit que parlé, la musique
et le son (traités également comme des éléments
dramatiques). Nous n'hésiterons pas si cela s'intègre
bien dans la dramaturgie même de l'émission, à
faire des chevauchements de voix, des inserts de phrases et de sons
antithétiques, le but étant de rassembler par une
construction musicale sur un temps donné des informations
diverses, mais complémentaires.
Le sujet
Celui sur qui nous nous pencherons
est monégasque à trois quarts de famille italienne.
Il naît en 1916 au sein d’une bourgeoisie, plutôt aisée
et conservatrice. Peu après la « Marche sur Rome »,
on retrouve le petit Léo sur la côte Ligure dans un
rigoureux collège catholique, l’ambiance carcérale
et l’humiliation qu’il en ressentira toute sa vie en font déjà
un « maudit », un « iconoclaste anticlérical
», un « anarchiste ». Il fera des études
assez éclectiques : dentisterie, puis le droit et sciences
politiques à Paris, et bien sûr la musique qu’il apprend
en autodidacte puisant à des sources diverses. Il y a aussi
Ferré et les femmes, l’histoire avec Odette « la starlette
» la première des trois, qui lui inspirera «
la vie d’artiste » lors de leur rupture. Puis Madeleine avec
qui tout avait si bien commencé mais se terminera en tragédie
avec le massacre des deux singes. Enfin Marie-Christine, la mère
de ses enfants, avec qui il se retire en Toscane. C’est là
qu’il imprime des recueils et plaquettes diverses, il possède
désormais sa propre maison d’édition. D’un
point de vue poétique, outre la redécouverte de Rutebeuf,
Villon, Cecco Angiolieri, … ses mises en musique de Rimbaud, Verlaine,
Baudelaire, Apollinaire… sa plume est la source d’une production
exceptionnelle. Il s’engage activement dans les débats tant
politiques que culturels de son temps. Son amitié avec André
Breton et Aragon, ainsi que sa reconnaissance littéraire
par des personnes telles que Benjamin Péret, Bachelard ou
Jean-François Revel, n’est pas négligeable. Il
est aussi intéressant de se pencher sur Ferré car
sa poésie est une constante « re-visation » de
sa vie, et on peut dire, « ré-interprétation
» de sa vie. A force de réécrire, de rechanter,
de réadapter ou d’oublier un texte, Ferré donne quasi
l’impression que c’est la poésie qui fait la vie (comme la
vie fait la poésie…) Sa parole est sensuelle, amoureuse,
onirique, militante ou réaliste, c’est selon. Le verbe est
palpable, on le sent. « A vernis, E menthe, I charbon, O foin,
U éther » (L.Ferré, Technique de l’exil, 1979)
Enfin, chez lui, le verbe n’est jamais trop loin de la musique.
La musique c’est sa véritable passion, c’est l’essence de
sa poésie, et l’une n’est jamais tout à fait étrangère
à l’autre, même si ses véritables ambitions
musicales furent souvent éclipsées par son image de
vedette de la chanson.
Traitement du sujet
TRAITEMENT GENERAL Le récit se présentera
comme un voyage sensuel et rimbaldien dans la vie et l’œuvre du
poète. Cette invitation au voyage est de trois ordres : voyage
dans la vie et l’œuvre de Ferré, voyage dans le temps et
voyage au sens propre. Voyage dans le temps : de la guerre de
14 à l’avènement du compact disque il a traversé
le siècle, en s’y engageant à sa manière, ne
luttant pas contre le système, mais contre tous les systèmes,
tous les codes, toutes les morales. Ce qu’il dit varie selon sa
vie, son humeur. Dans ses chansons des couplets entiers disparaissent
ou sont réécrits selon les événements
qui surviennent. Les points de vue historiques seront multiples,
personnels, anecdotiques et racontés par les amis et proches
que nous rencontrerons. Le voyage proprement dit nous conduira
successivement à : Monaco, le collège de Bordighera
en Ligure, Paris, la Bretagne, Marseille, le Lot, Bruxelles, Milan,
la Toscane, Montréal, Liège… Une importance particulière
sera donc portée aux descriptions de lieux (paysage, ambiance,
anecdotes…) et aux ambiances sonores.
LES VOIX -La voix de Ferré : comédien
narrateur, il s’exprime à la première personne du
singulier. L’émotion passionnée qu’utilise Ferré
en spectacle, s’adresse directement aux spectateurs-auditeurs, celui
de notre émission ne s’adresse qu’à un seul auditeur,
proche, et en lui disant « Tu ». Même si le vrai
Ferré exprime le sentiment, j’aimerais pour ma part une voix
plus intérieure, plus privée. Le sentiment oppressant
et/ou solitaire sous-entend une ironie-tendresse. -La narration
: La narration, que j’assurerai, sera faite de commentaires qui
racontent la vie de Ferré et décrivent les lieux que
nous visitons au cours de l’émission. Cette voix est le lien
entre l’émission et l’auditeur, elle s’adresse à lui
de manière simple, imagée et personnelle. C’est la
seule voix, avec celle de Ferré (dans un registre plus intime),
qui s’adresse personnellement à l’auditeur. -Témoignages
: Nous avons déjà rencontré, et nous rencontrerons
encore des proches et des témoins dans des conditions de
discussions optimales, en prenant le temps et en nous revoyant si
nécessaire. Cela permet également d’ouvrir la discussion
sur des questions actuelles ou d’ordre plus général.
Ainsi, nous poursuivrons les entretiens que nous avons déjà
enregistrés avec Mathieu Ferré (fils de Léo,
il dirige les éditions « La mémoire et la mer
»), Richard Martin (un de ses meilleurs amis durant les vingt
dernières années, directeur du théâtre
Tourski à Marseille, il monte chaque année un texte
de Ferré) et Jo Deckmyn (que nous avons rencontré
à Avignon, un des découvreurs de Ferré, directeur
du Théâtre 140 à Bruxelles). Nous devrions également
revoir Vincente de Benedetti (grande amie de Léo de 1948
à sa mort), etc. Ces interviews sont ensuite découpées
en segments thématiques qui nous permettent de traiter les
différentes sources de manière polyphonique en un
tout, qui s’organise en fonction des thématiques et du fil
narratif. -Autres types de voix : Des comédiens tiendront
les autres rôles : ils nous restitueront les témoignages
d’autres proches, ou encore les textes non-autobiographiques de
Ferré.Les événements historiques seront restitués
par un journaliste à la manière d’un bulletin d’information
radio.
AMBIANCES ET BRUITAGES Les sons qui constituent ce que
j’appelle l’univers sonore donnent une notion de l’espace, du rythme
et de l’action, comme la musique ils soutiennent l’émotion
dramatique et l’espace fictionnel, lorsqu’ils viennent se greffer
au commentaire. Ils renforcent l’impression de réalisme,
sans être pour autant naturalistes. L’univers sonore recréé
par le montage et le mixage d’ambiances enregistrées peut-être
aussi bien onirique que réaliste, en tout cas tout sera réinventé.
LA MUSIQUE Bien qu’elle apparaisse parfois isolément,
vu son importance chez Ferré, elle sera souvent traitée
de la même manière que les autres ambiances sonores
: filtrage, localisation spatiale, chevauchements... Ils ont une
fonction dramatique, et non purement d'accompagnement ou d'illustration
du discours tenu. Dans la plupart des cas, le récit et/ou
d'autres sons sont adjoints à la musique, afin de ne pas
l'individualiser comme un moyen purement esthétique. La musique
sera donc, le plus souvent, mise en parallèle avec un univers
sonore définissant un espace, une période historique
ou une atmosphère particulière. Ainsi, selon les espaces
où on la situe, elle peut recouvrir des fonctions différentes,
et soutenir des transitions, proches ou opposées au discours
tenu par le ou les personnages qui parlent. |