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Codes de Rêves


Un spectre hante l'univers irréel d’un songe numérique, avatar lumineux sans frontières dont les étranges lueurs franchissent des arborescences multidimensionnelles. Dans ce dédale, cet esprit planant a incarné sa conscience cybernétique grâce à des icônes magiques symbolisant des yeux égyptiens. Ce sont eux qui mènent la danse. Prudent, le navigateur  en immersion totale commence par identifier ses points de repères. Dès qu’il prend un peu d’assurance, il jauge l'équilibre de l’espace en évolution permanente, puis, mais d’un élan majestueux, se transporte à la vitesse de la lumière où il le désire. Modifier un détail est un jeu d’enfant, améliorer l’harmonie de l'ensemble aussi. Par à-coups, l’explorateur onirique élargit le champs. Démesurées, les vallées et montagnes figurent des voies ferrées désaffectées et des bâtiments de l'archéologie industrielle. Composées artistiquement par impressions fauvistes, les couleurs n'ont plus aucune réalité. Les multiples pixels de l'image composée déplient des reliefs imaginaires dans des dimensions étranges. Jusqu'ici, l’artiste garde prise sur la cité idéale qu’il crée en temps réel. C’est quand il lui prend l’idée d’atterrir que le zoom avant qu’il imprime se bloque et repart en arrière... Comme un disque griffé, l'animation coince au moment où le logiciel est piloté sur un point précis de la carte. Impossible de se poser, le mouvement se répète sans cesse. 

D'un bleu argenté très métallique, une créature féline stylisée flotte dans ce va et vient spectral. Obstinément, elle apparaît en liseré transparent dans l’intersection qui provoque ce blocage inattendu. De plus en plus consistantes, ses formes tournoient dans l’éther artificiel de la construction fractale. D'essais en corrections, ses contours se précisent, énigmatiques et crispants.  Cette fois, la situation échappe au créateur virtuel. Ce sont les paramètres d'un monde étrange qui se profilent sur des plans inconnus. A travers les cristaux d’une neige irréelle, l’image d'une steppe glacée s'immisce dans le chaos aride formé de multiples dimensions. Mêlés aux nuages menaçants, les flocons y dessinent des figures chimériques. Dans ce ciel plombé, des fissures en forme d'amandes trouent la nébulosité, laissant passer en faisceaux laser la lumière d'un soleil blanc. Effrayants, ces yeux célestes sont ceux d'un fauve mythique éclairant un labyrinthe en folie. Les formes torturées de griffes aériennes s'enroulent, comme un félin se love, en un cercle parfait. A peine formée et déjà monstrueuse, la créature fauve s'avance, menaçante.

D'une vérité oppressante, ce monde irréel, farouche, envahit l’univers virtuel du surfeur. Au passage de l'entité mystérieuse, l'immensité déserte frissonne. Arrimées à leurs racines, des tiges gelées empêchent l’envol de fleurs maigres dont les images parsèment cette toundra glacée apparue de nulle part. Le choc de couleurs irisées d’aurores boréales improbables semblent lier mort et renaissance, comme si le désert glacé du passé s’opposait à un réchauffement très futuriste. Fragile, le filtre polarisant de ces êtres botaniques risque d'être obscurci par la poussière d’origines aveuglantes. Dans cet hiver nucléaire de pensées obscures, sombres, métalliques même, les yeux du félin en chasse dévoilent une volonté inquiétante. Si le monstre digital en gestation se déployait complètement, il pourrait lancer ses griffes en direction de ceux qui le provoquent sur son propre territoire. Rencontrer un tel avatar de cauchemar n'est pas la perspective la plus rassurante pour un explorateur « HyperNet ». Et si les interprétations de ces visions par l'artiste électronique étaient liées à son imaginaire le plus profond ? La psychanalyse ne serait pas loin, la psychose même... Pour affronter ce danger de l'intérieur, un esprit cybernétique se doit de maîtriser totalement les composantes des fichiers informatiques qu'il croise sauvagement. Or, ce n’est pas tout à fait le cas et l’hyperauteur de cet étrange metalangage aura tout loisir de faire la connaissance de ce monstre en observateur extérieur… Autant se guider au plus vite au point de sortie ! Heureusement, il a greffé à son propre avatar une commande de secours programmée pour l’accompagner où qu’il aille. Grâce à ce subterfuge numérique, il décompose sa lueur en fragments d’yeux qui disparaissent en tourbillons luminescents. 
 

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Poussés par un vent synthétique, des yeux volatils s’envolent au-delà de l’univers du studio. Sur une cadence "Acide-Jungle" en multiphonie vaudou, des carrés de couleurs rythmiques montrent en flou les couleurs de formes géométriques translucides. Mis en valeur dans ces espaces graphiques, les déguisements sont ceux d’un décryptage étonnant. En aplats liserés, des animaux aériens sont mêlés aux humains réels. Des plumes légères soulignent les envolées de tissus de "Lloyd Fuller" post-atomiques, tandis que le son forme une musique irréelle, désarticulée. D’un pur mouvement du bout des ailes, un être volant isolé plane, loin dans les airs. Surfant sur les rythmes brisés, il survole un défilé costumé mis en place pour son seul regard, sans jamais perdre le tempo. La vision Multi-D de cet oiseau chimérique, recréé en surimpression, couvre de ses couleurs saturées les gestes amples d'une chorégraphie d’anges irisés. Dans le brouillard flottant de neiges artificielles, les coloris d'un ballet virevoltant ont été extraits électroniquement. Perdus dans le décor, des mortels tentent  de rejoindre ce monde de rêves,construit par une technologie très artistique.
 

Autour de leurs champignons «buzzers», les silhouettes des candidats en place baignent dans un carré blanc, dont le ton change, sur des mesures stroboscopiques. Tout à coup, le mouvement arrière de la caméra volante dévoile les artifices de la mise en scène. Relevés et colorés, les contours des personnages principaux les isolent. Acharnés, ils ont enfin cette aura dont ils rêvent. Englués dans le tableau, ils vont se confondre avec les mannequins aux gestes symboliques, très travaillés. La palette constructiviste amène les vêtements à épouser ces images éparses, livrées dans un désordre apparent par des axes caméras inattendus.  Les parures finissent par prendre le pas sur celles qui les présentent, malgré leurs entrechats aériens. Par une séparation purement technologique, les ébauches de la mode en cours de création abandonnent leurs égéries d'un jour. Comme des oiseaux de proie, ces découpes artificielles voltigent dans une arborescence multidimensionnelle, portées par des basses telluriques en fusion. Puis les coloris se mélangent et se posent doucement sur les candidats... Tout est dit. L'équipe Multi-D a dompté la sauvagerie de ces mystérieux volatiles. Elle a réussi le transfert : des quidams sont sortis du labyrinthe technologique. Ils rejoignent le rêve numérique. L'émission peut commencer.
 

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Figés en une quête éperdue, les yeux scintillants, une mince silhouette effrayée explore la multitude de grains ocres, éléments infimes d'un désert de sable infini. Le nez au vent, la créature fragile d'un blond vénitien rougeoyant s'avance, hésitante, s’arrêtant tout à coup. Dans le rayon de ses sensations plane un parfum de danger... Aux aguets, des regards rasants fixent leur proie, au delà de l'étendue sablée. Très clair, l'échange de visions rapides est comme un face à face immobile. Les chasseurs veulent une proie, quelle qu'elle soit, et ils feront tout pour l'avoir. La proie, elle, doit fuir, et tout faire pour leur échapper. Les instincts ont parlé, la loi du désert s'applique, celle de la jungle, dans sa version la plus aride. Un signal mystérieux lance la course exaltée des chacals carnivores. Fuyant toute violence, la petite gazelle dévale à toute allure la pente d'une dune sablonneuse, pour finir par glisser dans une avalanche de poussières virevoltantes. Elle ne voit pas son avance fondre à vue d'oeil, les  carnassiers  sont  sur elle. 

L'escalade d'une roche soulève des volées d'éclats qui lui donnent un répit. Au sommet, elle souffle, comme si elle était sortie d’un labyrinthe mouvant. Un nuage de sable blond confond l'auburn de son pelage, trahi par des bandes noires et blanches qui strient ses pattes fines jusqu'aux  sabots. Sans hésiter, le premier prédateur attrape dans ses crocs cette cuisse ornée pour la parade amoureuse. Rien au monde ne fera lâcher prise à ce représentant de la race canine. Le reste de la meute joue son rôle, répété à l'envi. Mordre la nuque, croquer la gorge : les cornes en arabesques de la petite cervidée ne lui sont d'aucun secours. Elle a beau se débattre, la force de l’atavisme canin est impitoyable face à une si grande fragilité. Dans un ralenti cadavérique, elle s'écroule sur le flanc. Ses beaux yeux humides jettent aux bourreaux un dernier regard, suppliant, à travers un voile nébuleux. Le nuage provoqué par sa chute renforce chez l'animal blessé le flou d'une inconscience progressive.
 

Loin, un vaisseau du désert profile ses reflets métalliques, ses tubulures usées, au delà de la dune de la délivrance. Lourd de sa cargaison d’hydrocarbures, ce navire, seule présence humaine, flotte sur une mer rouge au soleil couchant. Les prédateurs hostiles contemplent ce pétrolier  qui cabote le long de la côte toute proche.  Supplantant cette vision technologique, un dromadaire se dévoile à contre jour sur la crête. Seul véritable vaisseau du désert, il s'approche, berçant de son rythme de rêve océanique son passager sans visage, qui observe la scène. Le chacal meurtrier serre la gorge de sa proie sans défense, se hâtant de claquer les dents sur la veine jugulaire. Le temps de donner la mort, le signe mystérieux de l'instinct l'entraîne à la suite des autres vers une clandestinité sauvage, naturelle. Sans aller au bout de leur démarche nourricière, les bêtes féroces abandonnent les traces de cette mise à mort inutile. L'innocence dans l'immensité déserte est comme une stèle pharaonique désolée dans un cadre  paradisiaque, elle pleure une vie perdue.

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Perdus, des yeux félins cherchent une issue dans la pénombre. Le reflet d’une lumière bleue les éclaire. Aucun doute, c'est une ouverture. L'oeil en forme d'amande repère la faille. Le regard brillant, l’animal étrange y passe sa petite tête en triangle et parcourt l'horizon. Tous les sens à l'affût, museau frémissant, moustaches vibrantes, il toise le filin qui arrime solidement le cargo qui le porte. Son nouveau port d'attache se situe sous le crachin glacial d'une mer du nord qui baigne tristement une métropole occidentale décatie. Fraîchement arrivé d’un ailleurs virtuel, l'attention rivée aux eaux boueuses, l’entité sauvage se glisse furtivement sur le câble. Chacun des gestes du petit funambule qui avance à pas comptés est un défi à l'équilibre.  L'eau ne le tente pas outre mesure, mais cette eau là n'en a que le nom. Il ne tient surtout pas à rencontrer les hydrocarbures qui en font une mer de mercure. Un navire peut y flotter mais un être vivant ne survivrait pas à ce contact. Mettre griffe à terre est la seule chose qui compte. Glacé, les poils hérissés, il remue furieusement la queue: il est en territoire ennemi sur ce môle humide éclaboussé de lumière blanche. Ici, la nuit est un jour perpétuel d’où les halogènes puissants chassent impitoyablement toutes formes d'ombres. Mais l'instinct du fauve les retrouve où qu'elles se cachent. Il dilate ses pupilles pour déjouer ces lueurs envahissantes. Disparaissant facilement dans les lambeaux de nuit rescapés de cette traque lumineuse, son pelage argenté se confond avec un léger gris, une nuée de brume.
 

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Dans la tempête nébuleuse, un rapace en liberté vise les courants ascendants, avec une prescience holistique du chaos qui ne le trompe jamais. Il plane dans le sens des vents, ou à contresens, selon les appels de son inspiration. S'il accomplit des milliers de kilomètres pour se nourrir, ou se reproduire, il trouve les voies excentriques exactes, comme s'il savait où son battement d'aile allait provoquer un cyclone. Son masque de prédateur fend un univers tracé pour lui. Son territoire n'est pas terre à terre, il n'en perd jamais la trace. Aucun dédale, même les pièges les plus fous qu’une nature farouche lui tendrait, n’empêcherait les siens de le retrouver. Parmi les milliers de noms d'oiseaux, de toutes les formes, son plumage, son regard, et ses cris, sont uniques. Il les a révélés grâce à sa danse d'amour, et inscrits au plus profond de l’être pour qui il les a accompli. La reconnaissance par l'autre est naturelle, instinctive, son nid lui est ouvert en permanence. Il maîtrise le pouvoir de l'image. Les voies de sa vie libre et sauvage surfent sur ces signes angéliques, par des moyens chaotiques extrêmes, sans accoups. La vitesse propulse son fuselage aérodynamique d'oiseau de proie, qui dépasse ses limites sans se brûler les ailes. Coloré de nuances éthérées, son rêve éveillé plane au dessus d'un réel gris, tandis que son esprit volatil se déploie dans les dimensions autoroutières d’un mythe icarien. L'envol est merveilleux, riche de possibilités, dangereux...

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Dans les yeux bleus glacés, des pupilles noires brillent étrangement, véritables fentes verticales en amande. Sur le pelage blanc, des lignes noires s'écartent en courbes, soulignant des formes hypnotiques effrayantes. Museau en triangle, babines retroussées dévoilant les crocs parmi les plus acérés de la gent animale, le quadrupède fait entendre un grognement sourd. Son attitude, il la veut la plus effrayante possible, sans savoir à quel point l'effet qu'il produit dépasse ses intentions. Il se précipite sur sa proie et l'attrape à pleines gueule. Penché sur le cadavre en pièce, il mastique la chair sanglante. Le bruit d'horreur de ces mandibules qui déchirent la matière spongieuse, couvre son grondement cruel. Saisissant le morceau de viande, il lève la tête en signe de victoire, et asperge de sang les meubles d'une clarté éclatante. Puis, à une vitesse étonnante, le chien-loup l’engloutit, avec un bruit répugnant. Dressées en triangle, ses oreilles pointues guettent les sensations suspectes qui trahiraient un rival. Qu’un carnivore se présente, de sa race ou d'une autre, il défendra chèrement sa pitance. Tournant la tête brusquement, il darde ses rayons bleus glacés vers le danger virtuel. Ce n'est rien, il le connait bien ce bruit parasite, c’est une présence familière. Il attrape ce qui reste de l’énorme morceau de viande, et le serre entre les dents. Bien malin, qui arrivera à l’attraper. 

Il fait quelques pas en roulant des mécaniques, pour montrer au monde la force qui l'habite. Menaçant, l'animal pénètre une pièce, éclairée par une grande baie vitrée aux rideaux immaculés, puis s'installe face à la lumière blanche du matin gris. Ce contre-jour étrange, presque aveuglant, donne une brillance de glace à ses yeux cruels. Il se couche lentement, les pattes claires autour de son corps de couleur fauve, noir et blanc, puis pose la proie qu'il a conquis de haute lutte, et la regarde avec un air de convoitise sadique. Le plaisir qu'il va avoir à la dévorer fait monter la salive, qui dégouline en bave visqueuse. Dans un dernier moment de plaisir instinctif, il happe la chair. Une sonnerie dérange le plaisir de son univers ordonné. Prêt à bondir sur l'importun, il montre les crocs, sans aucun effet sur le bruit strident. Il aboie à tue-tête, jusqu'à hurler. Les ultrasons qu'il perçoit sont très douloureux. Tous les sens en éveil, il cherche l'intrus, quand, tout à coup, il s'arrête net, comme s'il avait trouvé son maître. D'effrayante, son attitude passe à une soumissions totale. Si brillant il y a un instant, son regard s'est vidé d'un coup de toute substance, vaincu, délavé. Abandonnant le quartier de viande, auquel il tenait tellement, il sort de la pièce, furtivement.

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Perché sur un arbre proche du boulevard le plus animé du district, rien n'échappe aux yeux acérés d'un chasseur avisé. Le mélange d'odorat, d'équilibre et de regard perçant d’un félidé à l’affût sélectionne des informations de toute provenance. Le manège d'un gros chien à la périphérie de son champ d'appréhension multisensoriel, inquiète un moment son instinct de survie. Mais sur le trottoir, trop occupé à fouiller des ordures immondes, l’animal bourru ne remarque pas l'odeur féline. Par jeu, il perd son temps à pourchasser des concurrents très inoffensifs, de pauvres hères cachés derrière des lunettes fumées, qui en sont réduits à se nourrir comme des chiens. Le mépris est le seul sentiment qu'on peut éprouver pour une bête aussi écoeurante. Un félin se nourrit beaucoup mieux, les rations qu'il trouve depuis son arrivée sont plutôt copieuses, il suffit de composer entre l'instinct de chasseur et la douceur de vivre. Au bon moment, il suffit de sortir ses griffes rétractiles de leur fourrure soyeuse.

Les feuilles de l'arbre centenaire frémissent délicatement, un gros oiseau se pose en douceur, au sommet.  S'approcher à ce point d'un fauve aux aguets relève de l’inconscience, ou carrément, de la provocation. Le quadrupède jauge son adversaire ailé, un rapace! Non qu'il n'ait la force de le chasser, mais le jeu en vaut-il la chandelle? Pourquoi se fatiguer à pister ce volatile aux serres pointues alors qu'ici, il n'y a qu'à se baisser pour se nourrir. La journée, attendre patiemment que les hordes d'humains aient fini de s'agiter inutilement est largement suffisant; à la tombée de la nuit, l'odeur du sang se répand, subtile. Il n’y a qu’à repérer sa victime et arriver le premier, ensuite, tout est facile, ces bipèdes sont tellement fragiles pour un félin. Plus difficile est l'escalade des monceaux de cailloux qu'ils érigent pour bâtir leurs nids. Heureusement, ils laissent à l'abandon d'immenses secteurs qui permettent aux êtres vivants d’espèces sauvages de s'ébattre clandestinement. 

Pour échapper à ces labyrinthes faits d'instincts millénaires, il sufit d’éviter les nouveautés atroces qui sont rassemblées en des points précis des espaces qu’occupent les humains. Par ces forteresses de modernité, construites en dédales inextricables, ils cherchent sans doute à échapper aux aberrations climatiques qu'ils créent. À moins que les zones d'anarchie des pénuries existentielles leur fassent vraiment peur. C’est aux carrefours de ces vanités qu’une bête libre et sauvage peut trouver à se nourrir. Surtout si sa retraite sous les frondaisons épaisses est assurée par les taillis d'un parc revenu à l'état sauvage. La bête se laisserait bien tenter par une petite expédition, il y a sûrement d’excellents coups de griffes à donner. Une bonne odeur de chair flotte alentour, elle n'est certainement pas étrangère à l'idée qui prend forme dans cet esprit félin. Ses sens exarcebés trouvent la bonne direction, à coup sûr, et elle se ramasse sur elle même, prête à bondir. Elle profite du vrombissement d'un bolide noir qui attire toutes les attentions pour prendre un envol élégant.

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Des globes d'ors scintillant s'avancent vers la statue de neige et de sang, planant vers la victime expiatoire du pouvoir de l'image, sous les hautes-contre de la voix d'opéra grandiose. De mystérieux tissus volatils aux ailes d’anges, flottent autour d'yeux d'un métal précieux, pour entourer l'être vivant, déconstruit par la lumière pure. Le faucon maléfique tournoie d'écran en écran, dans une sarabande de mort, jusqu'à l'illumination d'un incendie mortel. C'est la seule voie qu'il a trouvé pour se libérer de la prison audiovisuelle, où il offre ses rêves en image. La procession sinistre de prêtresses masquées s'apprête à un acte sacrificiel. Les yeux de la victime, perdue dans un labyrinthe idéologique inexorable, expriment l'inexprimable...

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La bête immonde avance à pas comptés, truffe au sol, sûre de son instinct qui la guide droit au but. La chasse, ponctuée de grognements secs, va bientôt prendre fin. Envahi d'une jubilation morbide, l'animal s’enivre de l’odeur du gibier proche. Il va le débusquer dans un instant. Levant haut sa gueule triangulaire, signe d’une victoire dont il hume l'odeur avidement, il réprime l’envie de hurler, qui le prend au plus profond de son être. Quand la mort de la proie aura été consommée, il pourra laisser libre court à son atavisme cruel de loup des steppes.  Il darde un regard d’un bleu délavé, d’un bleu de glace, vers la bête au visage canin, bientôt à l'hallali.

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Gris, les chiens de l'enfer traquent ceux qui refusent d'approcher les eaux rouges. L'écume aux dents, ils ne connaissent que leur mission, qui est de guider les hordes fantômes au delà d’un labyrinthe fait de vagues vivantes. Par six cent routes "sixty six", au moins, ils mènent ces cohortes à la surface d'un continent perdu, d'un océan d'amertume, à l'éternité pacifique. Seul dans sa barque d'albâtre étincelant, celui qui mène les cerbères enragés est inhumain. L’oeil revolver de ce grand chien noir aux cheveux blancs ne laisse échapper aucun être vivant. Ses yeux rouges harponnent l'âme d'une gazelle qui virevolte sans direction précise. Sous ses ordres supérieurs, ses molossoïdes d’une cruauté couleur muraille vont lui donner le choix entre l'immortalité de l'oubli, et les épines de la liberté, sans états d’âme. 

La terreur repousse cette petite existence fragilisée qui prend le mors aux dents. Mais elle n’est plus l'ombre d'elle-même. Son seul désir est de fuir, loin! Loin de l’absence de lumière de la nuit éternelle qui plane autour d’elle. Cette âme vivante aux yeux noirs pourrait ne pas laisser passer sa chance d’échapper à l'emprise hypnotique de ses chiens de garde. Infernales, leurs portes nocturnes menacent d’enliser cet être dans une lagune mouvante, s’il ne peut choisir. Être qui n’hésite pas longtemps à choisir la solitude, et rejoint le sable chaud pour échapper aux rasoirs des ses tortionnaires, qui approchent dangereusement. Il ne faut à aucun prix qu‘ils atteignent ses yeux bleus, si brillant. Affolée par l’odeur de sang, la meute de chiens gris se précipite, puis, mais, s'arrête net, sur un signe atavique du chacal suprême. Le territoire immatériel de ces animaux sauvages s’arrête aux belles dunes de jour... À leur corps défendant, ils abandonnent le dédale mouvant de ce terrain désertique.

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Au coeur des nombreuses étoiles qui percent une voûte céleste glacée, deux lueurs brillent plus fort, comme si, détachées de leur galaxie, elles étaient toutes proches. Découpés sur la zone industrielle qui allonge ses amoncellements de gravats jusqu'à la mer, deux triangles entourent ces yeux qui scintillent étrangement. Les oreilles aux aguets, l'ouïe perçante d'une créature féline perçoit un chant qui s'élève à moins d'un kilomètre. La mélopée étrange attire son attention vers une zone violemment éclairée, le bâtiment de l'opéra qui présente un dôme byzantin à son regard fauve. Cette cathédrale de la sagesse artistique, a été élevée à la gloire de l'art total peu avant 1789, sur le modèle de celle de Salzbourg. Un grand espace est réservé pour assiter au spectacle de cette culture descendant des cintres. La grande première a commencé, et ce sont des bêtes humaines qui envahissent le lieu. Mais sans invitation pour pénétrer cette batisse grandiose, seuls les animaux peuvent profiter des sons harmonieux, grâce à leurs sens développés. Ils captent à travers les murs les ondes sonores, artistiquement travaillées en multiphonie naturelle. Plutôt charmée par la musique qu'elle peut entendre de si loin, la petite féline s'avance souplement. Le disque d'argent de la lune se profile derrière la coupole, majestueuse. Presque pleine, elle se lève paresseusement et ses lueurs métalliques se reflètent dans les yeux en amande. 

Cette lumière diffuse permet à la bête sauvage de repèrer facilement les rares obstacles de la surface plane qui sert de toit à l'ancien entrepôt. Elle navigue entre les lichens et les graviers qui couvrent le bitume abîmé: quelque chose bouge. Vibrisses tendues, elle saute sur le mouvement et à une vitesse fulgurante, déchire un vieux végétal vibrant au vent. Il n'y a aucun coup de griffe sérieux à donner sur ce toit, autant changer d'air et se défouler sur une victime qui en vaille la peine. Elle passe le parapet en fer forgé qui donne sur un escalier métallique, dont les marches composées de carrés vides de métal rouillé, se laissent traverser par le regard. Elle n'est pas sujette au vertige, sans quoi cette impression de reposer sur un vide uniquement encadré de fines barres transversales pourrait être effrayante. Fixant le sol en contrebas, elle descend prudemment quelques volées. La silhouette assise sur les premières marches ne l'inquiète pas vraiment. Elle les plaint plutôt, ces pauvres hères obligés de dormir en plein hiver à même le métal froid. Ces humains abandonnés n'ont même pas de fourrure pour se garder au chaud. Même si les hivers ne sont plus aussi rudes, les sans logis ne profitent pas vraiment du redoux artificiel. Dans l'ombre, la bête se serre contre le mur arrière du bâtiment rénové. Le rez de chaussée est proche, mais elle ne semble pas pressée d'y arriver. Tout à coup, une lumière hypnotique la fige sur place. Aveuglée, elle fixe le carré éclairé: une fenêtre ouverte lui tend les bras.

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Dans le vrombissement décroissant d’un moteur à quatre temps, l'image de l’acteur sauvage se multiplie en une galerie warholienne aux couleurs éclatées. Les lumières irisées défilent le long de ces visages qui s’éloignent dans la valse d’un labyrinthe urbain evanescent. Les bruits de la ville lointaine s'estompent progressivement, tandis que le parquet ocre se transforme en sable mouvant. Effaçant les murs, un grand vent caresse un corps nu. Sa douceur diaphane frôle la peau fragile de la figurine humaine informe, habillée de voiles argentés qui reflètent les lueurs du soleil couchant. Seule la lune est capable de tels reflets, la nuit. Flottant sur des cristaux de roches mordorés, sa vision embrasse une plage éternelle striée de vagues immobiles, qui mène à une mer aux couleurs improbables, à dominante rouge. Entourés du même coloris, des yeux délavés parcourent d'un regard rasant cette étendue ocre. Figés dans une même direction, tous les sens des chasseurs fixent la crète où se découpe la mince silhouette argentée à la chevelure auburn. Elle avance, hésitante, toutes ses ondes déployées captant le danger dans un rayon de perception inhabituel. L’instinct de survie donne à cette proie une idée claire de ce qui la guette. Des ombres se terrent au fond du vallon, leurs effluves canines l’avertissent. 

Elle les sait très proches, et le face à face immobile fait d'échanges de saveurs d'instincts est évident. Ils la veulent et feront tout pour la capturer. Elle doit fuir, et tout faire pour leur échapper. Ici aussi, la loi du désert s'applique. Rêve ou cauchemar, c'est toujours la même, celle de la jungle d'asphalte dans sa version aride. La créature voilée dévale harmonieusement la pente sablonneuse, semblant voler dans l'avalanche qu'elle provoque. Son avance fond à vue d'oeil, elle en a une conscience aiguë. Les carnassiers sont sur elle, elle reconnaît ses bourreaux. Elle plane sur le nuage de sable qui confond sa couleur ocre avec l'auburn de sa chevelure au vent. Dans les nuées, se dessinent des visages grimaçants de monstres, des regards cruels aux yeux délavés, les visions contradictoires mâles de "mecs" avides. Elle atterrit au sommet, sort de son brouillard, et fait face au premier chacal qui aimerait l’emprisonner dans ses crocs. Tant pis pour lui. L'air du Mejnoun s'élève, tandis que volètent ses voiles en gestes de pantomime indienne. Tranquillement, elle arrache le collier de cuir qui lui enserre la gorge en fixant l'animal féroce. Les yeux couverts d'une bande blanche, son maquillage énigmatique renforce ce regard acéré. Celui de la proie qui n'en est plus une, celle qui a été au fond de la terreur et en est revenue. Celle qui s'y est armée et ne se laissera plus faire. Arrêté par cette détermination inattendue, le reste de la tribu sauvage se fige, ne connaissant aucune proie qui refuse le jeu de la mort. Pendant que les carnassiers à l'élan brisé reculent, elle capture l’esprit du canidé cynique le plus proche. Visant à le séparer des autres, elle cherche à l'apprivoiser, doucement. Le plaisir d'être avec ses frères de meute, de s’entraider, a été transformé en organisation meurtrière. C'est la faille, béante. 

Intrigué, l'animal s'approche, la queue basse. Pendant qu’hypnotisé, il joue avec les voiles virevoltant, il se transforme, progressivement. Il n'est plus un chacal comme les autres, mais un alliage canin transgénique, croisé chien-loup, hybride. La forme lumineuse qui le domine s'accroupit, il la sent, c'est agréable. Il lèche son visage bienveillant, remuant furieusement  la queue en signe de contentement. Heureuse de jouer avec ce grand chien fou, elle rit et pleure à la fois. Dressé sur ses pattes arrière, dans une position presqu’humaine, il sèche ses larmes. Ne se sentant plus seuls, ils courent au vent ensemble, en riant. L'impitoyable atavisme canin cache une grande fragilité par une sauvagerie bestiale. Même s'ils sont dominés, ils sont heureux d'être solidaires. Ce qui les rend tellement manipulables. Aimer cet animal lui rend sa dignité, et fait naître la confiance. Les beaux yeux noirs  de la princesse des mille et une nuits se tournent vers ses bourreaux. Maintenant qu’elle en tient un, sa part sombre et cruelle tenterait bien une expérience. Si elle retournait la colère de cette bête docile vers ses congénères, c’est tout l’avenir qu’elle mettrait en cause. Elle n’a pas le temps de suivre son intuition, ce sera pour plus tard, si elle retrouve cette fidélité animale. Un signe mystérieux entraîne les tortionnaires les uns à la suite des autres, dans une direction vague. Avec un dernier regard amical, le nouveau complice, en route vers le dédale informe de la clandestinité sauvage, abandonne la beauté dans un tourbillon  nébuleux.

Ne m'oublie pas, petit chacal.

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Dans la lumière aveuglante d'une poussière tourbillonnante, des hiéroglyphes numériques couchés sur papier vélin électrique  sont emportés par un vent de sang. Ces inscriptions arrachées à leurs racines se mêlent en confettis aux reflets d‘étranges lueurs brumeuses. Une grande feuille millimétrée déploie les facettes d'un plan en mouvement, virevoltant en liberté comme un oiseau délire. Marqué d'une tache sanguine sombre, un carrefour envahit le champ de vision d’une forme brillante qui alterne vif argent et bleu nuit. Elle chatoie dans le brouillard irisé pour dessiner par intermittence une petite créature animale entrelacée de scintillements, capable de se jouer des myriades colorées comme d'une neige rêvée. 

Si le schéma griffé de chiffres et de lettres énigmatiques fait mine de se poser au sol, l'ombre féline tente de l'agripper. Mais elle a beau s'en approcher au plus près, il reprend son envol, insaisissable, volatil. Immobile, elle regarde le mystérieux alphabet lui échapper. Un rayon rasant éclaire violemment la silhouette à l'affût qui cesse immédiatement ses petits jeux. Traquée par une blancheur envahissante, elle lève des yeux métalliques, et s'estompe dans d’âcres reflets brumeux. Lorsqu'il ne plane plus d’elle qu'un vague aura, son avatar produit un étrange ronronnement, dont la tonalité en crescendo se transforme en sonnerie grésillante.

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Démesuré, un vaisseau du désert fait de tubulures de métal assemblées d'un trait à la Chirico, se profile dans un paysage d'indifférence. Les dédales de sa mécanique paranoïaque critique ont une telle dimension inquiétante que la forteresse flottante, rouge au soleil couchant, parait voguer sur le sable. Inutiles, ses pylônes découpant l'horizon entre ciel et terre empilent des triangles métalliques déplacés. Un choc de ces éléments contraires, passés et futurs, produit à présent une boue noire, apocalypse et délivrance. Tant qu’il en restait, ce sang de la terre aurait été une source d'énergie à apprivoiser durablement. Il est trop tard, très vite, il s’embrase en un mur de feu. Mais les flammes aveuglantes faiblissent dès qu'un déluge de neiges éternelles, artificielles, s'abat sur elles. De l'incendie mourant du navire s’échappe un molossoïde noir, qui atterrit sur le sable ocre. Ses yeux rouges se fixent dans ceux, délavés, d'un chacal bienveillant qui sort de la poussière. L'hypnose pratiquée par le chien sombre ôte doucement le voile brouillé du regard bleu sauvage. L'animal libéré lève les yeux au ciel et suit le vol majestueux d'un rapace.  L'oiseau plane en toute liberté par dessus les dunes, en direction d'une immense statue en ruine au visage félin puis, mais, se pose  fièrement sur la tête de ce fauve magnifique. Les regards des trois animaux mythiques convergent en faisceau laser sur le nouvel être libre. Tétanisé, pris dans une toile virtuelle, le petit chacal est envahi d’une terreur absolue.

Un corps en sueur se retourne brusquement, comme transpercé par les rayons d'un faible soleil. Le sommeil troublé, en nage, Nadja s'agite en gémissant. Sa traversée de l'épreuve du manque se déroule dans un semi-coma peuplé de rêves de plus en plus fous. Elle ouvre les yeux, sans que la conscience ne reprenne le pas sur ses univers parallèles, issus de la brèche béante creusée par la drogue dans ses contradictions. Avec un regard vide, horrifié, elle replonge dans sa tragédie personnelle.

La lumière se fait progressivement sur les significations des lueurs disparates qui asphyxient le petit chacal, perdu sans sa meute. De minuscules pyramides ornent un cartouche inconnu, tracé sur le  monument. Stylisé, un être canin est formé de trois triangles, tandis que les angles obtus de ses yeux figent le schéma d'une gazelle fragile. Devenu flou, le molossoïde noir évolue en filigrane dans le théâtre d'ombre de cette bande dessinée du passé. Il prête sa gueule de chien à un homme à tête de chacal, représenté en pied, dont les deux dimensions se collent en aplat au cartouche du plus gros calibre. Hiératiques, des hiéroglyphes en bulles d’aide entament la première strophe d'un poème aux canidés. Véritable ode aux gardiens des carrefours, elle décrit en langue ancienne la démarche nourricière de ces meutes voraces.

Mais emporté par le temps, l'essentiel est invisible pour les yeux de braises de la rêveuse engloutie. Onirique, cette écriture automatique présente en mouvement des pictogrammes esquissés par un Picasso intemporel. Les profils et les faces sont d'une aberration de surface. Seul leur code les rend naturels. Pour le décryptage, la connaissance d'énigmes sphinx est un plus. De préférence, sans l'indifférence molle d’horloges vacillantes de Dali futuristes. Grâce à cette mystérieuse traduction artistique, l'extrait d'une phrase fond à vue d'oeil et devient lisible à tout ceux qui se veulent Cassandre:  "le déluge viendra, s'ils se laissent aller à des mises à mort inutiles...". L'innocence instinctive dans l'immensité déserte sera longtemps encore une stèle pharaonique désolée. Elle pleurera ses vies perdues, tant que personne n’aura retrouvé la clé de ses liens au monde réel.

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Soulevant les tourbillons de poussière rouge d'une route sinistre, un vent étrange souffle avec violence. Ses volutes se mêlent à une neige diaphane qu'on ne voit plus dans le monde réel, tournoyant dans un désert glacé. Sur une colline rocheuse, un arbre rabougri plie ses branches en dessins noueux, sous le cyclone d'une luminescence inconnue. Ce sont des aurores boréales qui fusent des horizons circulaires. Des tiges poussent à l'accéléré et libèrent des fleurs maigres qui s'envolent enfin. Une nuée de brume modifie cette steppe aride, un filtre polarisant s’impose à cette piste pourpre qui trace sa perspective dans un infini multicolore. La lumière rasante d'une aube nouvelle transforme l'assortiment de couleurs familières d'une créature féline qui suit ce chemin, que toute vie trop vulnérable a abandonné. Brouillée par ces turbulences, la forme indéfinissable sort d’un nuage de poussière turquoise qui cache le lointain irisé. De sa démarche animale sauvage, l’avatar étrange s’approche et s'extrait du point d'où partent les rayons ardents. Auréolée de scintillements lumineux, c’est une chatte bleue qui part à la rencontre d'un couple mystérieux, à contre-jour. 

Se présentant face à un univers bouleversé, ces silhouettes humaines affrontent un vent du temps contraire. Elles s’accrochent désespérément à leurs points de repères, les derniers. L’attraction d’un jour naissant qui va inonder la plaine est telle qu'ils trouveront la force à son origine. Là où la nuit est déjà devenue jour. Ce qu'ils laissent dans l’ombre ne les retient pas, une once de lumière suffit. La bête mythique qui leur montre la lumière va les rejoindre, mais Sacha s'arrête avant que la fourrure bleue électrique ne le frôle. Et elle se dissout en une forme flottante qui s'avance, menaçante, pour le happer. Une nuée d'oiseaux multicolores s'envole en s'égosillant, de terreur ou de bonheur, avant de se confondre avec les nuages bas. Très changeantes leurs couleurs paradoxales se complètent et se rejettent tour à tour. La jeune femme ordonne à son chevalier servant de ne pas se retourner. Paralysé par des sentiments opposés, il ne bouge pas. Lentement, elle se décompose et se tourne vers lui, fantomatique. Elle a les mêmes yeux que la créature féline, argentés, métalliques mais bleutés, comme un marbre strié. Épouvanté, Sacha fait volte face, entre dans le tourbillon de poussière sombre et s'y perd.

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Ces yeux, ces yeux...
Welcome to the jailbirds tribe.

Sacha sursaute, l’atterrissage sur la banquette est rude. Hagard, il ne comprend rien à ce qui lui arrive, il est en territoire totalement inconnu. Black le regarde sans rire, mais il n'a pas l'air inquiet. Il veille sur le retour du voyage au pays des ancêtres, dans la petite cellule, et parle doucement. Il raconte un rêve comparable, sur le ton d’un "slam eastcoast" très doux. Pendant qu’il scande son récit à un Sacha halluciné, celui-ci entend une musique étrange. La base rythmique du remix "Acide-Jungle" de "King of the Beasts" sort du baladeur pour être diffusée en multiphonie dans toute la prison de cette tribu éclatée, via des "Vaudoux Blasters" très virtuels. Il s'accroche aux barreaux de la cellule, et, les yeux fous, observe les détails de la peinture délabrée, complètement écaillée.

C’est une panthère noire à l’écoute d’un baladeur qui lui parle en feulant doucement. L'homme à la tête de fauve le tient en haleine avec une vigueur hypnotique. Il le regarde fixement de ses yeux en amandes, dont les pupilles rétrécies en ovales losangées de couleur noire brillent d'un éclat strié mystérieux, insoutenable. Les formes, amandes et losanges, se croisent en rose des vents pour orienter au mieux la lumière dans ces yeux fascinants. Les lignes noires de la fourrure fauve tracent des mandalas géométriques fractals dont la douceur appelle l'apaisement. Le mélange de panthère humaine emmène Sacha dans sa savane intérieure, qu'il raconte d'une voix feulée. Fragments par fragments, les scènes sont représentées dans les écaillements beiges d'une peinture de style primitif africain. Les formes stylisées s'agitent lentement pour dessiner progressivement un tableau, dépeint par touches de couleurs ocres et brunes, obliques et brisées, avec des sonorités mélangées qui planent dans cet univers étrange.

En passant, les éléphants barrissent, comme la trompette d’un Miles Davis "live au Fillmore", mais avec beaucoup plus d'ampleur, c'est la savane. Des rugissements rythmiques introduisent un troupeau de lionnes, qui  saluent le fauve virtuel sur l'arbre où il s'est enroulé avec volupté. La crinière au vent, le King suit son harem, sa guitare électrique saturée crie les rugissements du lion en solo. Rassemblés autour de la mare, okapis, zèbres et gazelles qui se désaltèrent, font clapoter l'eau, leurs claviers jouent des partitions d'herbivores. Tumbadors en troupeau d'éléphants, un roulement yambu s'approche, animaux polyphoniques qui sont percussions et cuivres tout à la fois. Comme des claves aiguës et des grains d’écorces, les oiseaux chantent des rythmiques fines. Ces animaux instrumentaux forment un tout musical qui se concentre dans cette paix intense, dans une plénitude évaporée, nulle part, à l'intersection des territoires de chaque sonorité. La voix de Black plane comme une entite éthérée dans ce bosquet sacré, protégé par ses orishas magiques. Il se dilue dans le grand tout de cette première civilisation urbaine idyllique et chante ce voyage au pays des ancêtres. C'est son totem, son animal fétiche qui feule les paroles. Ce sont ses yeux de panthère dans le delta du Niger de ses origines, qui expliquent le monde.

Sacha suit avec une fascination intense la mise en place progressive de ces images colorées. Un constructivisme intérieur rassemble les écailles de peintures éclatées par la déconstruction du réel. Cette démarche expressionniste révèle la vérité de l’autre à travers un filtre fauviste où des éléments stylistiques se complètent pour former la compréhension globale d'un univers étranger. Polarisants, des mandalas de fines brillances partent des points de rencontre, leurs scintillements d'électricité statique sont ceux d'une créature féline. Ils  indiquent les noeuds d'intersection, les carrefours, c'est entre eux que la vérité passe...

I have a dream, tonight. 
That’s the Yoruban mojo.

Debout, Sacha poursuit à grands gestes les lumières qu’il est le seul à voir, porté par des sons mystérieux qui semblent sortir de son esprit. Il bute sur un obstacle imprévu, encore ces barreaux, il les avait oubliés! Sa répulsion face à la brutalité carcérale le ramène dans l’espace clos, au bloc. Mais le retour de sa conscience au réel est très court. L’attirance fascinée de ses propres rêves artificiels le repousse loin de l'enfermement qu'il subit, dans un monde qui devient inquiétant. Il suit du regard les barreaux qui s'évasent en hauteur et voit bouger les murs...

Les briques ondulent et se ramifient en carrés de couleurs. Les murs se déforment en direction du point d'accroche, immense nappe de tissu pendue à l'applique murale, très lumineuse. Ces murs mous flottent à un vent  d'antimatière mais restent des limites infranchissables. Un goût de sang le prend de l'intérieur, l’espace minuscule étouffe ses perceptions. De nombreux chats bleus d'une taille infime montent l’un sur l’autre dans cet enclos restreint. Les sensations de ces petits animaux sont les siennes, il est en cage, dans la cage d'un félin, au zoo. Mais il est ailleurs, aussi, dans un plan Multi-D en relief qui l’enferme... Le félin de métal liquide y prend forme à partir du néant, et la créature menaçante plane autour de lui. Poursuivi par ce fantôme, l’esprit égaré court dans le dédale immense de cet univers virtuel, manquant d'éléments pour affronter cet avatar dangereux. 

La fuite dans ce monde inconnu, trop grand pour lui, est sa seule possibilité. Les couleurs synthétiques le perdent, plus aucun repère, plus d'orientation. Les tracés approximatifs embrouillent ses points de fuite, où le fauve artificiel luminescent l'attend, menaçant. Homme et bête fantasmatiques s’observent en un face à face instinctif, ils apprennent à se connaître, progressivement. Le rêveur reconnaît le plan du labyrinthe dans lequel il erre, c'est sa zone industrielle qui forme comme une steppe. Cette fantasmagorie est une interférence de plusieurs plans de réalité. Les limites en sont éclatées, il ne peut plus se perdre, c’est son Multi-D qui éclaire ses rêves maintenant. Brûlé par des couleurs irisées, il se prend les pieds dans un liquide noirâtre, gluant, une tache de sang, de pétrole... ou de café. La terreur qui s'empare de lui se transforme en onde de bonheur. Ce mélange paradoxal est comme un spasme d'amour.

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Une multiphonie tribale de chiens-loups hurlants présente un La Bémol de base presque rassurant. Des rugissements félins les contrent d'un do extrêmement bas qui, mélangé aux sons canins, donnent un mélange de terreur. Seuls les cris aériens du rapace qui plane autour du couple, forment une rythmique aiguë, sauvage, que les jeunes gens reconnaissent comme leurs dans ce mixage "Acide-Jungle" d'une nature lancinante. Jusqu’ici, ils se sentaient seuls et sans partenaires, dans cette  cité des anges virtuelle, qu'ils hantent ensemble. 

Maintenant, ils partagent un univers qu'ils aiment et sentent qu'ils pourraient le faire chaque jour. Depuis cette découverte bouleversante, ils errent dans un dédale de jeu vidéo, prêts à s'envoler vers une liberté nouvelle. De leur hauteur ils dominent le district, comme une antique nébuleuse égyptienne qui se lève à l'est. Fascinés, ils observent Orion émergeant des lumières de la ville, à l'est de cet ancien éden décati, suivi de près par  sa complice, la galaxie du Lion. Tout à coup, un foyer de flammes s'élève, embrasant un ciel féerique dans un incendie fantômatique.

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Dans un explosion de couleur, c’est de très haut que le regard fauve capte le mieux les mouvements naturels. Les reflets de lumière phosphorescente diffusés par les écrans géants font briller ces yeux en amande d'éclats inquiétants. Postée sur son promontoire, la créature féline ne reconstitue pas à la vision, les images diffusées en numérique, sa persistance rétinienne est toute différente. Même le "Techno-cat" audiovisuel, si proche, ne lui apparaît pas, comme si la bête elle-même avait le pouvoir de traverser l'écran, pour flotter dans les univers virtuels les plus invraisemblables. À travers les flashes de lumière ouverte, elle doit être une des seules capables de voir comme en vision naturelle. Les rayons scannent sa rétine qui les renvoie sur ce qu'elle veut voir, en transparence. 

Si elle ne connaît pas les comportements urbains qu'elle observe, elle peut très facilement comprendre les relations humaines, elles manquent tellement de finesse, ou de profondeur. Ceux qui se portent vers leurs semblables pour tenter de former des couples reproducteurs sont prévisibles à souhait. Tandis que les différences qui arrivent si difficilement à s'intégrer sont sources de créativité, lorsqu'elles se rencontrent. Elles n'ont qu'à se reconnaître et remplir le vide des sens, chaotique ou fractal. Dans le cas contraire, des coups de griffes félins risquent de se perdre et des hordes de zombies en colère risquent de déferler sur les derniers lambeaux de civilisation. Sacha lit dans ces yeux félins des significations qu’il tente désespérément de comprendre. King of the beast ?

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Arrête,  petit chacal...

Le cri déchirant de la petite fille est inutile, le gamin ne l'entend plus. Ils sont fous, l'air du Mejnoun les perd complètement dans le dédale urbain, sa tribu et lui, sur un tempo "Acide-Jungle" tout à fait anachronique. Malgré les promesses des animateurs, Byzance a arrêté "Mao II Istanbul". Tous ses amis se rebiffent ensemble. Son penchant pour la neige leur paraît moins grave que leurs conditions de vie. La meute en révolte ravage les machines audiovisuelles et informatiques inutiles qui n'ont pas sauvé leur ami. De grands molossoïdes casqués fracturent les portes de leur caverne d'AliBaba. Les mondes de rêves contenus dans les ordinateurs explosés ne peuvent rien contre cette réalité atroce. Les révoltés en fuite cherchent à rejoindre la clandestinité, avant qu'il soit trop tard. Certains sautent par les fenêtres cassées, d'autres n'ont pas cette chance, et sont sauvagement  explosés à leur tour. Les yeux dans ceux de sa protégée, le petit Mec "Met", pur produit d'une métropole décatie, attend les monstres, toutes griffes dehors. Décidé à ne pas se laisser engloutir par les molosses de la violence, lâchés par le système sur des enfants sans défense, il est le grand frère, il défendra Nadja envers et contre tout. Arme blanche au poing, il se rue sur la meute ennemie. Sans conscience, en "légitime défense", les assaillants masqués vident leurs chargeurs sur l'insoumis  suicidaire. Les balles perdues ne le sont pas pour tout le monde. Des corps tombent dans un ralenti cadavérique. Hostile, le groupe se referme sur la petite victime. Les chiens de garde se laissent aller à une mise à mort inutile, sous  les yeux atterrés d’une petite fille innocente, perdue dans le désert depuis trop longtemps.

Horrifiée, Nadja ouvre les yeux, consciente d'avoir traversé une barrière vieille de presque treize ans. Jamais elle n'a voulu ça. Elle voulait simplement que ses amis, ses frères, apprennent à créer leurs univers sans substituts, sans cette nouvelle fumée, trop dangereuse. Les yeux d'acier du chien-loup la fixent, mais ne l'effrayent plus. Elle le connaît et va le lui faire comprendre. Elle a déjà subi au plus profond d’elle même la cruauté qu’il dégage et sait qu'il n'en veut pas plus qu'elle. Sous son regard effrayant, elle se pelotonne en une position de soumission. Elle tend une main timide en forme de patte blanche, les doigts repliés. Elle lui caresse doucement la tête et lui lisse les oreilles, jusqu'aux extrémités. Étonné, le molosse cesse de gronder. Les yeux de Nadja se referment. Confiante, elle va traverser l'écran. Elle comprend enfin ce que ses cauchemars lui veulent, il n'y a qu'à les laisser aller jusqu'au bout. Par la force des choses, elle a enfin trouvé le courage d'affronter le passé, de mettre à jour une culpabilité acérée profondément ancrée. Peut-être pourra-t-elle se pardonner un enchaînement d’atrocités dont elle n’est pas coupable, même si elle en est responsable.

La petite fille n'en est plus une. Couverte de tatouages au henné sur tout le corps, Nadja s'avance en filigrane dans le champ de bataille, entre les monstres aboyants. Elle se penche sur le petit corps de celui qui n'est qu'un enfant, le soulève, et l'emmène hors des ruines fumantes de ce qui faisait leur univers de rêve. Elle entre dans l'écran, objet de leur perte, et flotte sur un désert sans fin. Elle pose ce triste cadavre au coeur d’un réseau laser lancé par des regards mythiques. Ces yeux de braises d'êtres humains statufiés, aux têtes animales, l'encouragent à aller au bout de sa démarche. Plus personne ne s'intéresse à cette toute petite mort, elle est la seule à en perpétrer la mémoire. Pour reprendre sa vie, elle va enterrer dignement ce souvenir dans une terre des ancêtres rêvée. Elle doit faire son deuil de celui qu'elle aurait voulu considérer comme son homme. On est vraiment pas sérieuse à sept ans. Elle ne peut rien faire pour empêcher le déroulement de ce passé révolu, mais elle peut agir sur son présent, très réel.

Encore toi, petit chacal.

Libérée, debout, les pieds sur une terre solide, la tête haute et les jambes solidement campées, Nadja se laisse pénétrer par les premières lueurs d'un jour nouveau. La splendeur solaire se lève précisément entre les galaxie du Lion et d'Orion, laissant déferler une lumière inédite sur la plage infinie. Les lagunes mouvantes sont si loin, elles qui engloutissent les chiens gris de l'enfer. Seul l'un d'eux, plus noir que gris, les yeux rouges, la regarde de loin. Elle n'a plus besoin de lui, elle a choisi sa direction, à ce carrefour infernal auquel il l’a amenée, l’air de rien. Par contre, son petit chacal ne la quitte plus. Mélange de loup et de chien, il la regarde de très près sans plus la menacer. Comme pour répondre à son désarroi, il sèche ses larmes, lui lèchant le visage. La solidarité d'une amitié nouvelle surpasse définitivement sa dépendance à la meute. L'animal rejoint la liberté de la jeune fille, brisant à son tour ses propres attaches. Ce sont les mêmes que celles dont elle vient de se débarrasser.

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Vertigineuse, la vision planante d’un spectre sorti de son corps survole des espaces dégagés immenses, dans les interstices d’un dédale de citadelles industrielles en ruine. L’amas de bâtiments décatis est pénétré par de la végétation sauvage, c'est la steppe... Le vent qui dessine ses méandres sur le sommet des herbes désolées tend à l'infini. La même envolée soulève des tourbillons de poussières rougeâtres qui tournoient autour des décombres.  Empêtré dans ces éléments démontés, un revenant traverse ces vestiges archéologiques d'un monde oublié, où des fragments ont été abattus, quand d'autres, inattendus, se dressent ça et là dans un halo irréel. Abandonnés à leurs sort, d’innombrables animaux sauvages y errent, chiens perdus, rapaces en vol, chats perchés... Ces yeux félins métallisés suivent le passage de l’homme hagard, carcasse de zombie sans conscience qui tressaille d'effroi à chaque regard qui le transperce. Les fauves de cette galerie féline sortent leurs griffes acérées à vif, et traverser cette steppe étrange est très douloureux. La terreur d’être marqué à vie submerge l’ectoplasme de neige et de sang. Malgré son élégance sans nom, impossible d'y échapper, il perd tout sens de la rose des vents. Des objets familiers se dessinent en pointillés dans ce désert aride. Étrangers à tout ce qui est extérieur, ils n'ont rien à faire dans la toundra. Donc, ils volent en éclats au ralenti, sous la force d’une masse de rêve. L'éparpillement d'un pan de miroir oblique dissémine des reflets libérés qui flottent, fantomatiques, à la recherche de leurs originaux désolés. Une sculpture féline recompose un bref instant les formes que le fauvisme a déconstruit, puis éclate en myriades de gouttes colorées. Désagrégée par une implosion au souffle tourné vers l'intérieur, une lucarne translucide d’un format rectangulaire envoie dans l’éther un nuage de verres. Ces big-bangs artificiels miniatures font éclater les points de repère d’un être illuminé de l’intérieur, dans le labyrinthe de ses propres passions. La violence des chocs le pénètre, comme si on le frappait au plus profond des réseaux de sa perception.

Entre les débris, des faisceaux de lumière concentrés font émerger le tracé énigmatique du félin mystérieux, lové sur lui même en un cercle parfait. Flottant sur une nappe ouatée aux couleurs changeantes, l’anneau qui enserre le fauve tourne à toute allure. C’est un avatar sauvage qui déploie ses formes dans le ciel perturbé. Les griffes démesurées envahissent l'espace, prêtes à agripper tout être vivant. En une séquence fractale, il se fond en animal hyperréaliste, avant d’attaquer... Les déroulements de sa parure, vibrisses et fourrures, posent un chat reconstitué sur un promontoire de ruines pierreuses. Ses couleurs mouvantes fixent un bleu familier. Dans le brouillard de la fumée rougeâtre, la petite chatte bleue lance un regard, une supplique. Devant "la" représentation du "couple d'amoureux au chat" où la jeune fille à genoux est un animal ubique, elle appelle à l'aide. Les reliefs épais de la peinture de Kokoschka dessinent en filigrane la similitude de l'art et du rêve mystique. Les éléments manquent encore à Sacha pour  en discerner les contours, mais il ne sont plus très loin. Affronter la créature féline n'est plus une priorité. Tant qu'elle restera à la place du chat stylisé, la transparence sera sauve et les yeux noirs farouches... Ce dessin devient d'un bleu éclatant, et ses dernière couleurs dégoulinent le long de statuettes abstraites, en forme de cylindres ébréchés. Seule et abandonnée, la petite bête glisse le long de ces ruines délabrée. Elle se découpe dans la lueur rougeâtre, puis disparaît dans une lumière dont les rouges croissants respirent et clignotent, encore et  encore...

Dans un clignotement imagé, Black, son seul ami, oscille entre une panthère et un cafard. Ce cancrelat fauve rejoindrait une bande grouillante que rien au monde ne ferait bouger, et certainement pas la connaissance d'eux mêmes. Le seul moteur de recherche de leurs petites pattes trop nombreuses serait le désir immédiat. Ces animaux rampants s'amuseraient à monter sur les murs de bas fonds d'un dédale oublié. Tournant en rond, ils se bousculent brutalement, riant de leurs petits rires de cafards. Mais ils s'engluent dans une poisse envahissante et ne s'en rendent pas compte, continuant leurs petits jeux envers et contre tout. La grisaille d’un déluge mental les noie dans une mélasse molle...

Plutôt qu’un chat errant, il voit entrer un dieu égyptien qui ressemblerait à Osiris ou à Anubis, à moins que ce ne soit Bastet, l'homme à tête de félin. Ses yeux en losanges striés reflèteraient le regard de l’entité solaire éthérée qui mène le jeu... Le dieu vivant, l'animal humain, effraye la conscience de ceux qu'il approche, et particulièrement celle d’un Sacha éberlué. Mais pas celles de cette tribu de cafards, puisqu’ils n'ont pas d'yeux pour le voir. Sacha regarde droit dans les yeux cette apparition salvatrice, avec une franchise qu’il ne se connaissait pas. Un contact électrique s’établit et la divinité féline le traverse de part en part. Son inconscience transparente est illuminée d'une blancheur déifiée, terreur pour le monde d'en bas, mais extase pour le nirvana permanent.

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Dans une oscillation flottante, un chacal en liseré supplante le chien-loup qui garde Nadja. La recluse baisse vers ce fantôme canin des orbites emplies du bleu vide de son enfermement. Leur échange de regard est si clair qu’elle recouvre immédiatement la vue. Étincellants, ses yeux noirs se reforment. Une des tribus, celle des chiens de l'enfer, ne mérite pas d'être sauvée par le discours de l’homme au masque de rapace. Forte de sa certitude, elle retourne les éclairs bleus de son chien-loup sur l'albinos, son ancien maître. Dans la lumière de ce phare animal, l'ange déchu des escadrons de la mort ne pourra plus cacher son sexe politique. Les anges ont un sexe, dans cette bibliothèque d'Alexandrie en chute libre. Faut-il la laisser brûler à nouveau parce que Byzance l’a décidé.

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L'image de l'ange a tant de chose à dire.
Mon ange disparu, jamais ne reviendra, 
Et aucun souvenir, jamais ne le changera

Une petite égérie quitte doucement son corps inanimé. Son image pure reste à jamais dans les mémoires de ceux qui l'accompagnent dans la mort. Derniers à percevoir l'aura évanescent de  la victime injustement sacrifiée, les regards attentif des animaux sauvages entourent ce tragique passage prématuré dans l'au-delà. Comme un kâ englobant tous les possibles que le jeune androgyne voulait donner au monde, la vie abandonne ce bâ blessé. Un chacal en liseré, et le faucon télévisé, suivent son envol vers la grande lumière. Même si Horus a pris une vie, l’homme à la tête d'oiseau a perdu le pouvoir de l’image. Malgré l’absence de regards félins, il ne sera pas seul à voir cette icône, réduite à un paradis de clichés. Iolas abandonne le monde, mais y laisse son ange, Zoé, comme image unique. Qui sait ce qu’elle deviendra ? 

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L'univers que pénètre l'avatar d'un cybernaute audacieux est d'une précision extravagante. En liseré flou, l'animal fractal vole dans un éther cosmique. La visite de planètes fabuleuses permet à l'hypernaute de survoler des océans de matières aux textures indéfinissables. L'aventurier cybernétique s'accroche aux mouvements de la bête, mais arrive à peine à diriger la manoeuvre. Il plane sur des mondes inimaginables aux couleurs aberrantes. Tout à coup, la créature féline de plus en plus nette jette un regard complice à son nouvel observateur. Sacha le connaît bien, ce regard placé à chaque intersection de sa dérive, il réagit tout de suite. Comme une lueur purement spirituelle, il prend la direction prise par l'ectoplasme numérique. Par sa seule volonté, l’esprit lumineux incarné traverse l'espace à une allure supra luminique. Les points scintillants de nébuleuses informes se réduisent à des lignes de fuite en perspective, jusqu’à une terre synthétique qui bloque cette chute interminable.

À une vitesse vertigineuse,l’ange virtuel est entraîné dans le sillage du "Techno-cat", jusqu’aux circuits intégrés informatiques les plus récents, mis en relief à une échelle plus de mille fois supérieure à leur taille réelle. Comme un courant électrique, le couple infernal parcourt les synapses artificiels, passant les communications vivantes comme des ARN messagers. Les virages de ce dédale fou sont pris dans des sens inimaginable. À chaque obstacle électronique, le crash est imminent, comme dans un parc d'attraction universel. Sacha commence à comprendre où l'amène son guide, dans un piège diabolique où se déroulent des événements passés, par couches anachroniques. Il les voit se profiler au delà de l'écran, à travers la paroi translucide extra-plate. Les instantanés fantomatiques illustrent la démarche féline. Elles repassent le film en extraits choisis, à des vitesses variables. Le choc de ces "speed-lags" mélange par acoups des informations contradictoires, qui risquent d’électrocuter la flamme errante.

Pour y échapper, la seule issue est de créer des liens inédits, jusqu'à ce que la vision devienne claire. Par ce biais, les actions de la créature féline sous toutes ses formes sont révélées par l'émulsion sensorielle. Malgré des apparences d'agression, les pires cauchemars peuvent aider un surfeur arborescent, même par décharges d'électricité statique, s’il choisit bien les fenêtres à cliquer. Dans un flash éblouissant, l'équilibriste du filin épingle l'homme à la camionnette qui s'éloigne du cargo. Le trafic de l'escogriffe patibulaire apparaît au voyageur éberlué. Les yeux du fauve métallique liquide engloutissent la vision de beautés codifiées, par un souffle de serpent félin. Les tissus se déchirent et les intentions se révèlent, dans une nudité  totale. L’explorateur des rêves préfère s’éloigner de ces images cruelles. D’un coup de pied à ce fond vaseux, il remonte vers une surface qu’il peçoit mouvante. Il s’arrête à un palier qu’il choisit urbain et sordide, où des papiers s'envolent en miettes. Ne sont lisibles que les nouvelles barrières à franchir, tandis que le félin sur un toit brûlant maudit les impurs pour des générations. Enfermé dans l’étape qu’il a cru choisir en toute liberté, le surfeur transformé en reclus virtuel s’évade de sa cellule mentale, traversant murs et portails du labyrinthe d'une prison éternelle. La souplesse du corps instinctif de Sacha passe les barrages et est happé par un tourbillon de rythmes désarticulés, balisé par la piste de la créature fauve à la recherche de la lumière et du son.

Tournoyant sans limite en apesanteur, l’ectoplasme spatial sent la présence à contre-jour du félin mythique, presque lové en un cercle lumineux, comme une incantation sauvage. Admirant ce gage de sécurité qui devrait le sauver des forces maléfiques du maelström, il le suit comme une assurance pour la découverte du sens profond du trajet. Il n'y a rien d’autre à faire qu’essayer de voir avec cette vision étrange qui le mènerait à l'extase, s’il ne la chassait impitoyablement, au lieu d'embrasser sa fourrure électrique. Très étonné, Sacha commence à maîtriser ce flot numérique dialectique qui le balade: il arrive enfin à se poser, progressivement, sans que le zoom ne se bloque cette fois. Ayant parcouru une grande partie du chemin, il rejoint le sommet de la séquence bordé des épines de la connaissance. Il atteint ce nirvana virtuel par l'adresse de l'enfer, raccourci paradoxal si courant dans les réseaux fractals où un mot proche envoie sur son opposé chaotique. L'avatar félin qu'il affronte l’a mené dans sa galerie fauve à la lenteur décalée, où ses reflexes cherchent à l'agripper. Virtuels, ses coups de griffes à l'âme sont salutaires. À ce stade, la maîtrise de Sacha est presque suffisante pour comprendre le sens de sa dérive, seuls quelques élémens lui manquent encore. Mais la séquence termine son mouvement par le félin dynamique qui se love sur lui même, en un cercle parfait, pour former le logo... 

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Des tourbillons de vent au ralenti englobent le couple lové. La douceur des caresses fait frissonner la steppe entière. Un frisson de bonheur parcourt les amants de l'intérieur, l'immensité n'est plus déserte. Sur leur colline, l'assortiment de couleur des tourtereaux est modifié par la lumière rasante d'un crépuscule rêvé. Ils surplombent une toundra agitée d'un frémissement léger dont les méandres tendent à l'infini. La passion déploie des onces de lumière précieusement enfouies, et ce sont des rayons solaires qui émanent des mouvements abrasifs de l'union amoureuse. Tout ce que rencontre ce rayonnement se transforme en ombre, il traverse les êtres et le réel. La trace des existences s'imprime sur le sol rocheux dans la fulgurance d’un passage lumineux qui étale les ombres à la lenteur d’une lumière bleutée. Le nulle part ailleurs de leur union les transporte dans un paysage immatériel. Celui qui a retrouvé son nom accepte cette plaine archétypale comme sienne. Si l'éblouissement qu'il connait à l'instant ne devait jamais disparaître dans une nuit tombante, il ne la quittera jamais. Les yeux de l'extase sont félins, les feulements de la jouissance aussi mais pas autant que les sucs partagés. Le croisement des ardeurs de leurs deux mondes n'en forme plus qu'un. 
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À travers leur rencontre d’exception, l'arrivée de la créature féline si féminine est annoncée, elle ne peut prendre vie que de leur réalité. Parmi nouvelles naissances et vies préservées, ses pupilles d'extases embrasent l'infini. Il l'a affrontée et n'en a plus peur, elle l'a mené à cette plage tropicale pour un envol à deux. Elle offre un grand secret qui existe lorsque le reste finit d'exister, il croise en finissant celui qui commence, l'autre qui le pénètre. L'ensemble des sollicitations multisensorielles ouvrent les portes de la perception: elle s'est présentée, il était prêt, et ils volent ensemble dans un éther amoureux. Enlacés, ils traversent les couches multicolores de nimbus cotonneux. Ils s'aiment, les coups de griffes ont dévoré ce qui était adoré et les rencontres paradoxales de sensations mêlent l'amour et la vie à la mort. Dans une extase tout à coup pousse-au-crime, les images de l'élimination des innocents défilent à l'accéléré, jusqu'à un négatif aveuglant insoutenable. L'absence de culpabilité laisse flotter un doute lancinant sur ce goût de sang qui plane étrangement.

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